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La SIP, mémoire vivante de la mécanique genevoise
 
Le 18-12-2012

La filiale de Starrag fête ses 150 ans d’existence. Si elle ne représente plus qu’une petite entité de 30 collaborateurs, elle conserve un statut, celui de la précision, et a marqué l’histoire genevoise sous plusieurs aspects. Un historien lui a consacré un livre. Plongeon au cœur de la mécanique

Ce n’est pas un conte de Noël, mais un récit genevois aux multiples facettes que vous conte Le Temps pour sa dernière page «Entreprises romandes et innovation» de l’année 2012. Au-delà des 150 ans de la vie d’une entreprise, la «Genevoise» à l’époque, la SIP aujourd’hui, c’est l’histoire des grandes sciences et des familles patriciennes genevoises. C’est l’histoire de la mécanique de précision et de ses alliés, la machine-outil et l’horlogerie. C’est enfin une histoire urbaine. Dans le rôle du narrateur: Bénédict Frommel. Cet historien à l’Inventaire des monuments d’art et d’histoire de l’Office genevois du patrimoine et des sites, a publié La SIP 1862-2012*. Comme ses écrits, ses paroles vous plongent dans les tréfonds de l’industrie du bout du lac, avec la précision de cette mécanique à laquelle il rend hommage.

Histoire des sciences

Fondée par Auguste De la Rive, «la SIP doit sa création à des savants genevois soucieux de promouvoir la science. Dès ses débuts, elle est soutenue par les milieux patriciens qui y voient l’occasion de perpétuer le rayonnement intellectuel de la cité du bout du Léman», écrit le spécialiste. Après des débuts difficiles, la «Société genevoise pour la construction d’instruments de physique» se voit octroyer une première récompense en 1867, lors de l’Exposition universelle de Paris, pour une lunette dotée d’un axe de rotation parallèle à l’axe de rotation terrestre, mû par un mouvement horloger qui permet de suivre le parcours d’un astre. Fabrication de microscopes pour minéralogiste, de théodolites pour géomètre, etc., la science est en marche au cœur de Plainpalais.

Histoire urbaine

Pour Bénédict Frommel, évoquer Plainpalais, c’est évoquer la «grande» SIP. Celle qui, sous l’impulsion de Théodore Turrettini, menant de front une carrière d’industriel et de magistrat, s’est diversifiée. Conséquence: de villa initiale, l’usine s’étend jusqu’à occuper un îlot entier d’une dizaine d’entités. «A l’époque, la visite de la fabrique constituait le passage obligé pour les ingénieurs du monde entier. Désertée en 1989 par l’entreprise, qui s’est installée dans la zone industrielle de Meyrin-Satigny, cette ancienne friche, avec la discothèque, le centre d’art contemporain, Freestudios, etc., est devenue aujourd’hui un haut lieu de la culture, «the place to be» à Genève. Mais qui sait encore que chaque bâtiment correspond au développement d’un produit spécifique?» interroge le spécialiste.

Histoire de la machine à pointer

Après les machines à mesurer (1909) et les machines à rectifier (1917) viennent les machines à pointer (1921). Non pas celles qui permettent de contrôler les horaires des ouvriers, comme le langage commun pourrait le laisser supposer, mais celles qui consistent à «marquer avec un pointeau la position précise d’un trou à percer dans une pièce plane». L’ancêtre de la société locloise Dixi Polytools excelle en la matière, avant d’abandonner ses machines. La SIP reprend le flambeau et développe une machine à pointer de grandes dimensions, la «MP-4», qui sauve l’entreprise de la faillite. «Surtout, on entre dans une nouvelle ère, celle de l’ultra-précision, de l’ordre de cinq millièmes de millimètre», poursuit Bénédict Frommel. Cela révolutionne les techniques d’usinage et les producteurs automobiles comme Ford ou Citroën figurent parmi les clients de la première heure.

Histoire de design

L’extension des applications de la machine à pointer passe par son adaptation au fraisage, procédé d’usinage en pleine expansion. La gamme Hydroptic naît et sera lancée en 1935. Le succès est au rendez-vous. «L’esthétique devient alors une exigence. Intégrer cette dimension dans le modèle industriel atteste alors la maîtrise des constructeurs. Regardez l’Hydroptic-7, n’est-elle pas tout simplement splendide avec ses lignes épurées?» s’enquiert l’auteur en ouvrant le livre à la page 170. Les qualités de l’Hydroptic sont également explicitées: elle doit présenter une géométrie parfaite, à vide comme sous l’effet des efforts auxquels elle est soumise, assurer un positionnement précis et le conserver en dépit de l’échauffement provoqué par son fonctionnement, etc.

Histoire de fierté

Dans ses rencontres avec les «anciens» de l’entreprise, Bénédict Frommel a mesuré la fierté qui s’en dégageait. «La SIP n’engageait que des mécaniciens de précision, explique-t-il. On travaillait dur mais le labeur de l’ouvrier était respecté. Et les conditions salariales étaient meilleures qu’ailleurs.» La SIP devient alors LA société de l’aristocratie ouvrière.

Histoire d’une entreprise

A son zénith, le fleuron du bout du lac emploie jusqu’à 1400 personnes pour une production annuelle de 200 machines d’usinage et de 90 machines à mesurer. Aujourd’hui, ce sont une trentaine de collaborateurs à Satigny, et une dizaine en représentation, qui conçoivent, vendent et assemblent entre 15 et 20 centres d’alésage et de fraisage de haute précision. «Ces chiffres sont trompeurs. Bien sûr il y a eu des erreurs d’appréciation, bien sûr que les mutations technologiques ont changé les conditions du marché, mais une chose reste: l’entreprise a gardé une position de pointe avec des machines quasiment infaillibles. L’héritage subsiste», souligne l’historien.

Un sentiment que confirme Jean-Daniel Isoz, qui gère le site depuis sa reprise par le groupe alémanique Starrag en 2006: «La marque SIP a marqué l’histoire genevoise et reste, à travers le monde, un garant de précision. Au sein du groupe Starrag, nous nous occupons des machines tout en haut de la gamme.» Un marché de niche, synonyme de volumes restreints, mais pratiquement sans concurrence. «Nous réalisons plus de 90% de nos ventes pour l’aéronautique et, compte tenu de l’évolution de ce secteur, nous prévoyons une croissance ces prochaines années, toutefois contenue», poursuit Jean-Daniel Isoz, qui dirige également pour le groupe la société Bumotec à Sâles (FR), spécialisée dans les machines pour plus petites pièces, utilisées dans l’horlogerie et le médical.

Histoire vivante

Ainsi, presque malgré elle, par son histoire mouvementée, la SIP constitue finalement le témoin réel de la vie de n’importe quelle entreprise. Au bord du gouffre à plusieurs reprises, en faillite même en 2005, elle a développé une culture qui dépasse ses murs de Satigny. Son logo historique blanc sur fond rouge, entouré d’un G, et non d’un poisson comme l’on pourrait le croire, remis au goût du jour lors du rachat par Starrag, est entré dans le patrimoine genevois. Cent cinquante ans d’histoire industrielle ne s’effacent pas, ce livre en est la mémoire vivante.

* La SIP 1862-2012: 150 ans
de mécanique de précision,
Infolio Editions, publié par la SIP
et l’Office du patrimoine et des sites de Genève, Bénédict Frommel, postface d’Antoine Maurice.
Une traduction anglaise
est en projet.
www.ge.ch/patrimoine/publications

Marie-Laure Chapatte
LE TEMPS

 



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