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L’innovation, un état d’esprit qui fait la force des petites PME de l’industrie
 
Le 19-12-2019

Délocalisation, franc fort, mondialisation, formation, les trois dernières décennies ont profondément modifié l’industrie suisse. Samuel Vuadens, directeur de Mecatis, et Raymond Stauffer, ex-patron de Tornos, évoquent les défis de leur secteur.

L’interview se mérite au prix d’une ascension de six minutes en téléphérique entre Riddes et Isérables. C’est dans ce village valaisan perché à 1100 mètres d’altitude que nous retrouvons Samuel Vuadens, le jeune patron de Mecatis. Son entreprise, fondée en 2008, révolutionne l’industrie de la micromécanique avec un produit phare: la Micro5, soit une petite fraiseuse miniature connectée à une plateforme numérique. Un petit gabarit 4.0 qui permet à Mecatis de rationaliser le processus de production. Dans le viseur de l’entreprise valaisanne? Les manufactures horlogères, l’industrie des technologies médicales ou encore la joaillerie pour usiner des pièces de très petite taille.

Dans le ciel plombé de cette fin du mois d’octobre, Samuel Vuadens accueille Raymond Stauffer. L’ex-patron de Tornos et désormais membre de la Fondation Arc Jurassien Industrie (FAJI) a quitté son Jura pour l’occasion. Deux générations d’industriels qui se connaissent bien. Ensemble, ils évoquent les défis de leur secteur. «Les belles années vécues par les industriels de la génération précédente, je ne les ai jamais connues, insiste Samuel Vuadens. Depuis la fondation de Mecatis en 2008, cela a toujours été compliqué. L’argent et la visibilité sont de l’histoire ancienne.»

Franc fort et délocalisations

Mais pourquoi cette complexité? «Nous avons fondé Mecatis en plein pendant la crise des subprimes aux Etats-Unis. Puis, en 2015, il y a eu la problématique du franc fort. J’ai l’impression que ces crises se rapprochent et ne nous laissent plus nécessairement le temps de réagir pour nous mettre en conformité. Dans les années 1980, c’était beaucoup plus facile pour les industriels.» Raymond Stauffer nuance: «Tu sais, des crises, il y en a toujours eu. En 1980, en 1983, puis dans les années 1990. Il existe des années faciles et d’autres moins. Mais je ne pense pas que la génération précédente était mieux lotie.»

L’ex-directeur de Tornos ajoute: «Revenons-en au cas de la Suisse. On s’extasie toujours sur l’industrie helvétique, son savoir-faire… Je crois qu’il faut arrêter de se taper sur le ventre parce que, soyons clairs, la concurrence devient de plus en plus difficile avec la mondialisation.» Raymond Stauffer étoffe: «Ce sont les petits sous-traitants en fin de ligne qui souffrent le plus. Beaucoup meurent. Ensuite, la Suisse compte pas mal de multinationales, mais il suffit que Trump les rappelle et elles s’en iront. L’avenir de l’industrie est entre les mains des petites PME innovantes qui se battent comme des folles. Et l’innovation, c’est un état d’esprit.»

En 2015, l’abandon du taux plancher par la Banque nationale suisse faisait trembler l’économie helvétique. Le bond du franc qui s’est ensuivi avait soulevé les plus grandes craintes, dont celles d’Economiesuisse, qui prédisait une vague de délocalisations de l’industrie suisse vers l’Europe de l’Est, la Grande-Bretagne ou l’Inde. Avec, à la clé, la fuite de milliers d’emplois et de compétences vers l’étranger. La prophétie s’est réalisée l’année suivante avec une vague de délocalisations dès janvier 2016. Schindler, Bobst, puis Tornos pour ne citer qu’elles, ont délocalisé une partie de leurs activités dans la région Pacifique. En 2019, un petit industriel peut-il encore donc se payer le luxe de rester en Suisse?

«Bien sûr, réagit Samuel Vuadens. J’en suis la preuve. De manière générale, tout ce qui est petit, précis et qui correspond à l’ADN de la Suisse peut se faire ici. Mais si c’est pour produire de la grosse artillerie, comme des produits grand public, nous ne sommes pas assez compétitifs.» «Effectivement, ajoute Raymond Stauffer. Les secteurs de la production où nous n’avons aucune plus-value doivent être délocalisés. Mais attention, on ne délocalise pas en Chine comme cela. Il faut avoir un site de production sur place. Et puis, il ne faut pas voir cette manœuvre comme une fuite, mais comme une opportunité d’ouvrir un nouveau marché. Précisons aussi que toutes les industries suisses que je connais et qui ont délocalisé l’ont fait pour sauver des emplois en Suisse.»

Au sein de Mecatis, la lutte contre la délocalisation se niche dans l’innovation: «Nous produisons des machines avec l’objectif de développer les outils technologiques pour les produire au plus proche du client final. C’est un des fondements de l’industrie 4.0, souligne Samuel Vuadens. C’est grâce à ce réseau et à la technologie que l’on y parvient. L’impression 3D métal est sur le point de débarquer. L’usinage des pièces exige de moins en moins de réglages. En développant une expertise dans ces technologies, nous parvenons à garder la production en Suisse tout en restant extrêmement compétitifs.»

Comment attirer les jeunes?

L’enjeu à venir réside aussi dans la nécessaire collaboration entre les industries et au sein des entreprises: «Il y a trente ans, chaque corps de métier travaillait dans son coin. Les forces vives des PME suisses doivent se battre ensemble contre le reste du monde et non entre elles», insiste Raymond Stauffer. Samuel Vuadens approuve: «Dès le départ, nous avons pensé notre entreprise en mode start-up, en travaillant de manière agile avec les outils web. Mecatis n’a donc pas eu besoin de revoir son mode opératoire. Un peu tardivement, je constate que les acteurs historiques s’adaptent. Ils changent leurs pratiques et leur management. C’est une des forces de l’industrie suisse. Quand elle fait face à des problèmes, elle sait trouver des solutions et s’adapter. Par contre, les industries ne collaborent pas suffisamment ensemble.»

Les défis futurs se nichent ailleurs: «La formation ne suit pas, s’inquiète Raymond Stauffer. Nous avons énormément de peine à intéresser la nouvelle génération aux professions techniques. L’industrie suisse des machines, des équipements électriques et des métaux (MEM) n’attire plus. Selon les estimations, ce secteur perd 1 milliard de chiffre d’affaires par an, faute d’ingénieurs et d’apprentis. Ce problème de formation est aussi un défi RH. La nouvelle génération ne veut plus travailler à plein temps. C’est dur, mais les industries doivent s’adapter.» Une nouvelle donne qui n’est pas évidente non plus pour Samuel Vuadens: «L’industrie est un cas particulier. Il faut être passionné et se donner à 150%. Il n’y a pas tellement de demi-mesure.»

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