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François Randin, le Vaudois qui dépasse les bornes
 
Le 29-06-2019

Visionnaire, précurseur, François Randin a cru trop vite aux voitures électriques. Sa société Green Motion a frôlé la catastrophe, mais elle a pu garder la tête hors de l’eau grâce à des investisseurs allemands et chinois qui ont cru en sa technologie

Là où d’autres placent la charrue avant les bœufs, il a posé «la borne avant la voiture». En se lançant dans l’aventure Green Motion au début de l’année 2009, François Randin n’était pas conscient du risque qu’il prenait. «Lorsque nous avons créé notre première borne de recharge il n’y avait que 43 voitures électriques en Suisse!» se souvient cet informaticien vaudois de 38 ans, qui est aujourd’hui le CEO et le président du conseil d’administration d’une entreprise florissante. Il y en a 20 000 aujourd’hui, le marché suisse se développe, la renommée de la start-up du Mont-sur-Lausanne est désormais internationale, le carnet de commandes se remplit, tout va bien.

Au sortir de l’armée, François Randin, diplômé HES en informatique, ne s’imagine pas salarié dans une boîte quelconque. Il veut monter la sienne, avec l’argent mis de côté durant ses années gris-vert. Il se lance. Dans l’informatique, évidemment. Il loue des locaux à Bussigny. «Ça marchait bien. Nous avons rapidement décroché deux ou trois gros mandats, nous étions une dizaine dans l’entreprise», se souvient-il. Mais cela ne lui suffit pas. «Je faisais beaucoup de sports de montagne, du ski, de l’alpinisme. J’avais ma petite conscience écologique. Mais j’aimais aussi les voitures de sport», raconte-t-il. Puis il y a eu un élément déclencheur: le pic pétrolier (peak oil) du printemps et de l’été 2008. «En un rien de temps, le prix du litre d’essence est passé de 1 fr. 30 à près de 2 francs. On nous annonçait une pénurie de carburant d’ici à 2040. Mais j’étais impressionné par la taille de nos barrages et l’abondance d’énergies renouvelables que nous avions en Suisse», reprend-il.

«La Tesla avant la Tesla»
Se greffe sur cette constatation la découverte d’un véhicule hors du commun: la Venturi Fetish, première voiture de sport entièrement électrique, produite à Monaco. «C’était la Tesla avant la Tesla», compare-t-il. Cet engin hors de prix amorce une révolution. D’autres acteurs se lancent, Tesla bien sûr, mais aussi Mitsubishi avec le modèle i-MiEV qui sort la même année. Cela lui donne une première idée: concevoir un dispositif au sol de recharge des batteries lorsque le véhicule est parqué. Cette première tentative restera sans suite. D’une part, il y a beaucoup de déperdition d’énergie entre la plaque posée par terre et le véhicule. D’autre part, les chats qui passent par là risquent de mal vivre le contact avec cette plaque.

En examinant de plus près la manière dont les constructeurs alimentent leurs batteries, et en prenant conseil auprès d’experts de l’EPFL, François Randin opte pour une autre solution: la borne de recharge. Il la développe en collaboration avec l’Ecole d’ingénieurs d’Yverdon et décide d’investir tout son argent dans la création d’une nouvelle société: «J’ai soldé mon ancienne entreprise, gardé deux collaborateurs et replacé les autres auprès de nos clients.» Et c’est parti. Green Motion est née. «J’étais aussi lassé de n’offrir que du service. Comme j’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour ceux qui fabriquent des machines, j’avais envie de proposer mon propre produit», ajoute-t-il.

Seuil de rentabilité à portée de câble
Avec sa borne d’alimentation, il a alors le sentiment qu’il tient «un truc». Les deux premières années se déroulent bien. A Bussigny, Green Motion construit ses stations. «Nous étions motivés, nous avions tout à gagner, rien à perdre, même si la première borne, que j’avais dessinée moi-même, était moche», rit-il. Mais la clientèle tarde à venir. «Nous nous sommes développés plus vite que le marché, qui ne décollait pas. Notre break even (seuil de rentabilité) prévoyait la vente d’un trop grand nombre d’installations par année.» La charrue avant les bœufs. En 2012, l’entreprise est à sec. Or, il y a cinq salaires à payer et François Randin reste convaincu que l’équilibre financier est à portée de câble.

Il se résout à chercher des fonds. «Pour quelqu’un qui, comme moi, a toujours été indépendant, cela n’allait pas de soi», confie-t-il. Il rencontre un spécialiste alémanique des opérations financières, qui lui fait vite comprendre que les partenaires potentiels suisses sont rares. Il entre ainsi en contact avec un investisseur allemand, Carl-Julius Cronenberg. Via sa société, celui-ci investit plusieurs millions dans Green Motion. Un nouveau départ devient possible. En 2013, la start-up peut engager une dizaine d’employés supplémentaires, elle ajoute l’allemand au français et à l’anglais comme langue de travail. L’horizon semble s’éclaircir.

Mais le marché ne décolle toujours pas. Il faut attendre 2015 pour que la demande commence à répondre à l’offre. Green Motion convainc des groupes et entreprises privés d’équiper leurs parkings de colonnes de recharge. Plusieurs centaines sont installées cette année-là, François Randin commence enfin à se dire qu’il a eu raison de se lancer dans cette aventure. Mais si cela fonctionne bien avec les privés, c’est plus compliqué avec les collectivités publiques. Les procédures sont longues, les négociations avec les administrations interminables. Or, sans bornes publiques, le pari n’est qu’à moitié gagné.

Après l’Allemagne, le pari chinois
Il doit à nouveau trouver des sous pour aller plus loin. Il rencontre un investisseur suisse, à qui il raconte son histoire. «Il m’a dit que je manquais d’ambition, que je ne le faisais pas rêver, que je n’étais qu’un petit bras. Il m’a demandé ce que je ferais si j’avais une baguette magique et m’a suggéré de revenir le voir le jour où j’aurais une réponse à lui donner», se souvient-il, en rigolant aujourd’hui de ce percutant entretien. François Randin réunit son équipe, ensemble ils se livrent à un grand triturage de méninges. De la discussion jaillit soudain la lumière. L’étincelle, forcément électrique, se produit. «Pour conquérir l’espace public, nous nous sommes dit que nous devions financer nous-mêmes l’infrastructure plutôt que nous contenter de vendre des bornes», résume-t-il. En d’autres termes, il faut les dépasser, ces bornes. Pour cela, il faut entre 15 et 20 millions de francs.

Visionnaire, précurseur, François Randin a cru trop vite aux voitures électriques. Sa société Green Motion a frôlé la catastrophe, mais elle a pu garder la tête hors de l’eau grâce à des investisseurs allemands et chinois qui ont cru en sa technologie

Là où d’autres placent la charrue avant les bœufs, il a posé «la borne avant la voiture». En se lançant dans l’aventure Green Motion au début de l’année 2009, François Randin n’était pas conscient du risque qu’il prenait. «Lorsque nous avons créé notre première borne de recharge il n’y avait que 43 voitures électriques en Suisse!» se souvient cet informaticien vaudois de 38 ans, qui est aujourd’hui le CEO et le président du conseil d’administration d’une entreprise florissante. Il y en a 20 000 aujourd’hui, le marché suisse se développe, la renommée de la start-up du Mont-sur-Lausanne est désormais internationale, le carnet de commandes se remplit, tout va bien.

Il n’en a pas toujours été ainsi.
Au sortir de l’armée, François Randin, diplômé HES en informatique, ne s’imagine pas salarié dans une boîte quelconque. Il veut monter la sienne, avec l’argent mis de côté durant ses années gris-vert. Il se lance. Dans l’informatique, évidemment. Il loue des locaux à Bussigny. «Ça marchait bien. Nous avons rapidement décroché deux ou trois gros mandats, nous étions une dizaine dans l’entreprise», se souvient-il. Mais cela ne lui suffit pas. «Je faisais beaucoup de sports de montagne, du ski, de l’alpinisme. J’avais ma petite conscience écologique. Mais j’aimais aussi les voitures de sport», raconte-t-il. Puis il y a eu un élément déclencheur: le pic pétrolier (peak oil) du printemps et de l’été 2008. «En un rien de temps, le prix du litre d’essence est passé de 1 fr. 30 à près de 2 francs. On nous annonçait une pénurie de carburant d’ici à 2040. Mais j’étais impressionné par la taille de nos barrages et l’abondance d’énergies renouvelables que nous avions en Suisse», reprend-il.

«La Tesla avant la Tesla»
Se greffe sur cette constatation la découverte d’un véhicule hors du commun: la Venturi Fetish, première voiture de sport entièrement électrique, produite à Monaco. «C’était la Tesla avant la Tesla», compare-t-il. Cet engin hors de prix amorce une révolution. D’autres acteurs se lancent, Tesla bien sûr, mais aussi Mitsubishi avec le modèle i-MiEV qui sort la même année. Cela lui donne une première idée: concevoir un dispositif au sol de recharge des batteries lorsque le véhicule est parqué. Cette première tentative restera sans suite. D’une part, il y a beaucoup de déperdition d’énergie entre la plaque posée par terre et le véhicule. D’autre part, les chats qui passent par là risquent de mal vivre le contact avec cette plaque.

En examinant de plus près la manière dont les constructeurs alimentent leurs batteries, et en prenant conseil auprès d’experts de l’EPFL, François Randin opte pour une autre solution: la borne de recharge. Il la développe en collaboration avec l’Ecole d’ingénieurs d’Yverdon et décide d’investir tout son argent dans la création d’une nouvelle société: «J’ai soldé mon ancienne entreprise, gardé deux collaborateurs et replacé les autres auprès de nos clients.» Et c’est parti. Green Motion est née. «J’étais aussi lassé de n’offrir que du service. Comme j’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour ceux qui fabriquent des machines, j’avais envie de proposer mon propre produit», ajoute-t-il.

Seuil de rentabilité à portée de câble
Avec sa borne d’alimentation, il a alors le sentiment qu’il tient «un truc». Les deux premières années se déroulent bien. A Bussigny, Green Motion construit ses stations. «Nous étions motivés, nous avions tout à gagner, rien à perdre, même si la première borne, que j’avais dessinée moi-même, était moche», rit-il. Mais la clientèle tarde à venir. «Nous nous sommes développés plus vite que le marché, qui ne décollait pas. Notre break even (seuil de rentabilité) prévoyait la vente d’un trop grand nombre d’installations par année.» La charrue avant les bœufs. En 2012, l’entreprise est à sec. Or, il y a cinq salaires à payer et François Randin reste convaincu que l’équilibre financier est à portée de câble.

Il se résout à chercher des fonds. «Pour quelqu’un qui, comme moi, a toujours été indépendant, cela n’allait pas de soi», confie-t-il. Il rencontre un spécialiste alémanique des opérations financières, qui lui fait vite comprendre que les partenaires potentiels suisses sont rares. Il entre ainsi en contact avec un investisseur allemand, Carl-Julius Cronenberg. Via sa société, celui-ci investit plusieurs millions dans Green Motion. Un nouveau départ devient possible. En 2013, la start-up peut engager une dizaine d’employés supplémentaires, elle ajoute l’allemand au français et à l’anglais comme langue de travail. L’horizon semble s’éclaircir.

Mais le marché ne décolle toujours pas. Il faut attendre 2015 pour que la demande commence à répondre à l’offre. Green Motion convainc des groupes et entreprises privés d’équiper leurs parkings de colonnes de recharge. Plusieurs centaines sont installées cette année-là, François Randin commence enfin à se dire qu’il a eu raison de se lancer dans cette aventure. Mais si cela fonctionne bien avec les privés, c’est plus compliqué avec les collectivités publiques. Les procédures sont longues, les négociations avec les administrations interminables. Or, sans bornes publiques, le pari n’est qu’à moitié gagné.

Après l’Allemagne, le pari chinois
Il doit à nouveau trouver des sous pour aller plus loin. Il rencontre un investisseur suisse, à qui il raconte son histoire. «Il m’a dit que je manquais d’ambition, que je ne le faisais pas rêver, que je n’étais qu’un petit bras. Il m’a demandé ce que je ferais si j’avais une baguette magique et m’a suggéré de revenir le voir le jour où j’aurais une réponse à lui donner», se souvient-il, en rigolant aujourd’hui de ce percutant entretien. François Randin réunit son équipe, ensemble ils se livrent à un grand triturage de méninges. De la discussion jaillit soudain la lumière. L’étincelle, forcément électrique, se produit. «Pour conquérir l’espace public, nous nous sommes dit que nous devions financer nous-mêmes l’infrastructure plutôt que nous contenter de vendre des bornes», résume-t-il. En d’autres termes, il faut les dépasser, ces bornes. Pour cela, il faut entre 15 et 20 millions de francs.

Et là se produit ce que François Randin appelle une «coïncidence hallucinante». A l’automne 2015, des entreprises chinoises contactent la start-up. «Nous n’avons pas répondu tout de suite, rendus méfiants par la sinophobie ambiante», glisse-t-il. Mais un consultant le rend attentif à l’une de ces boîtes, le groupe Zhongding, un sous-traitant automobile qui ambitionne de doter son pays d’un vaste réseau de bornes électriques grâce à la technologie vaudoise. «Une délégation a débarqué à Bussigny, nous lui avons montré un assortiment de bornes privées ainsi que notre station de recharge de l’aire autoroutière de Lavaux. Nous avons bien précisé que la société n’était pas à vendre. En à peine cent jours, ils ont acheté la licence de notre technologie», raconte François Randin. Zhongding pourra ainsi installer plusieurs millions de bornes portant le logo de Green Motion.

Aires d’autoroute: une fois oui, une fois non
Cet afflux de liquidités – plusieurs millions de francs – permet un troisième départ. Green Motion dispose ainsi de l’argent nécessaire à la construction de son propre réseau en Suisse. Créé en 2016, celui-ci se nomme evpass et compte aujourd’hui 1300 points de recharge. Il ambitionne d’en proposer 3000 d’ici à fin 2020. François Randin se dit aujourd’hui enchanté de ce partenariat chinois, dans lequel, insiste-t-il, prévalent «l’honnêteté et le sens de la parole donnée». Green Motion change ainsi de modèle économique et devient le «catalyseur de son propre marché». Cette occasion semble être la bonne. Le marché des bornes publiques décolle enfin. Environ 600 ont été installées l’an dernier et le break even tant espéré est enfin atteint. Le marché prend gentiment forme: environ 20 000 voitures fonctionnent à l’électricité, soit un petit pour-cent du parc automobile national. L’objectif est de passer à 15% des nouvelles immatriculations d’ici à 2022.

Green Motion s’intéresse logiquement au réseau autoroutier. Mais celui-ci se divise en deux parties: les aires de ravitaillement, propriété des cantons, et les aires de repos, en mains de la Confédération. Il ne vise que les premières, dont 24 (sur 59) sont aujourd’hui équipées de stations de recharge. Green Motion n’a par contre pas déposé de dossier lorsque l’Office fédéral des routes (Ofrou) a mis au concours l’installation de tels équipements sur les aires de repos. Pourquoi? «Les relais de ravitaillement abritent des restaurants et des commerces. Les gens ont de quoi s’occuper pendant qu’ils rechargent la batterie de leur voiture. Sur les aires de repos, il n’y a rien d’autre que des WC. C’est une immense erreur de prévoir des stations de recharge à ces endroits», analyse-t-il.

Après la route, l’air et peut-être l’eau
Désormais, les portes internationales s’ouvrent également. Green Motion met un pied en Israël et a engagé des moyens importants pour se présenter au Consumer Electronic Show (CES) de Las Vegas, convaincu que sa gamme de produits séduira le marché nord-américain. L’Inde, via le groupe Tata, manifeste son intérêt.

Green Motion, qui fête ses 10 ans d’existence, a déménagé en 2017 dans ses nouveaux locaux du Mont-sur-Lausanne. La société emploie 55 personnes de 15 nationalités et parlant toute une ribambelle de langues. Une dizaine de postes sont encore ouverts. «C’est difficile de trouver les bonnes personnes, mais nous recevons heureusement de nombreuses postulations spontanées de gens qui croient à la mobilité électrique», relève le patron. Deux sous-traitants fournissent la tôlerie et l’électronique et l’assemblage est réalisé par les handicapés de Polyval.

A la route, Green Motion espère ajouter l’air et l’eau. Il fournit les stations de recharge des avions électriques de Solar Stratos (Raphaël Domjan) et H55 (André Borschberg). «C’est assez génial de voir que les deux projets les plus aboutis dans ce domaine sont développés en Suisse», sourit François Randin. Le marché des bateaux et celui des machines de chantier l’attirent. Il rêve de voir sa technologie alimenter des embarcations naviguant sur les eaux. La recherche permanente de nouveaux bons plans est d’ailleurs le carburant de cet éternel enthousiaste. «Je suis un fan de projets pilotes», avoue-t-il, toujours à l’affût d’une nouvelle idée.

Le Temps

 



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