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Landis+Gyr, un leader qui peine à convaincre
 
Le 18-12-2018

Landis+Gyr, leader des compteurs intelligents («smart grids»), peine à répondre aux attentes. Depuis son IPO, l’action est en baisse de presque 30%. Indépendant de la conjoncture, innovant, il ne manque pourtant pas d’atouts. Entretien avec Richard Mora, président de la direction

Richard Mora, 54 ans, est le patron américain du groupe zougois de compteurs électriques Landis+Gyr (L+G). Lors d'une récente interview à Zurich, Richard Mora déclare qu'il ne quitterait la Suisse pour rien au monde. Lucerne, où il réside depuis cinq ans, lui plaît beaucoup, à lui et à sa famille. Ses enfants parlent d’ailleurs le suisse-allemand. Entré chez L+G il y a près de vingt ans, il préside sa direction générale depuis avril 2017, soit trois mois avant l’entrée en bourse de ce groupe de 6000 salariés, dont 1400 ingénieurs.

Depuis cette cotation en juillet 2017, l'action n'a pas cessé de baisser, passant d'un prix d'émission de 78 francs à 57 francs lundi (-27%). Pourtant, le message envoyé par le directeur général depuis sa nomination était clair: chaque région devait être bénéficiaire. Il a pris pour cela des mesures d'économies.

L'un des problèmes de Landis+Gyr, qui commercialise des appareils de mesure qui permettent aux distributeurs d'énergie et aux ménages d'améliorer la gestion de l'énergie, est que la marche de ses affaires est très directement liée au complexe marché de l'électricité. Côté innovation, ces compteurs sont de plus en plus intelligents et interactifs dans le sens où ils gèrent les données pour mieux réduire les coûts et l'empreinte environnementale.

Au premier semestre, le bénéfice net s'est élevé à 59 millions de dollars (5,1 à la même période de 2017) pour un chiffre d'affaires de 910 millions de dollars (+10,8%). Ces résultats ont déçu les analystes. Est-ce l’entrée dans une nouvelle période de turbulences? L’histoire du groupe zougois, qui remonte à 1905, a en effet été agitée ces dernières années.

Une histoire mouvementée

Stephan Schmidheiny avait vendu L+G à Elektrowatt en 1995, lequel l’avait retiré de la bourse. L’entreprise a ensuite été vendue à Siemens (1998), puis à la société de private equity KKR (2002). Celle-ci l’a restructuré pour la vendre à la société d’investissement australienne Bayard (2004), laquelle l’a cédée à Toshiba (2011). Aujourd’hui, son actionnariat est à 70% européen (dont 40% suisse). «La culture a changé. Nous sommes devenus plus autonomes qu’à l’époque de Toshiba, lorsque nous devions expliquer à nos clients que nous ne souffrions pas des difficultés du groupe japonais», déclare le directeur général.

Richard Mora qualifie les résultats du premier semestre de «solides», bien que l’action ait mal réagi. Plutôt que d’être rivé sur la bourse, il dit se «concentrer sur les objectifs à moyen terme. Si nous les atteignons, l’action suivra.» Il insiste sur la «mise en œuvre» de la stratégie, laquelle semble avoir tardé en Europe. Mais le groupe est «bien positionné».

Une très lente amélioration

Les analystes ne partagent pas entièrement l’optimisme de la direction. Certes, le cours de l’action L+G n’est pas fonction de la conjoncture. Mais il «n’est pas indépendant des réglementations», indique Martin Lutes, analyste financier auprès de Vontobel. Sous cet angle, l’analyste distingue les marchés américain et européen.

L’approche de L+G centrée sur l’apport de nouveaux services aux clients, source des marges élevées aux Etats-Unis, n’est pas possible sous cette forme en Europe, selon l’analyste. Or les promesses d’augmentation de la rentabilité du groupe se fondent beaucoup sur les affaires européennes. «Les producteurs de compteurs intelligents (smart grids) font face à un client ayant un fort pouvoir sur les prix», selon Martin Lutes. Il s’agit en effet de grands groupes comme British Gas au Royaume-Uni ou EDF en France.

La rentabilité varie en fonction des régions. L+G est leader aux Etats-Unis (marge de 20,5%) et «prépare avec optimisme une deuxième génération de compteurs intelligents», indique Richard Mora.

La situation est moins favorable en Europe et au Moyen-Orient. L+G s’y est trouvé «dans les chiffres rouges depuis des années et est maintenant à l’équilibre», confirme le CEO. L’objectif est d’atteindre une marge d’exploitation ajustée (EBITDA) de 10% à fin 2020 en Europe et au Moyen-Orient (EMEA). L’UE avance plus lentement que prévu dans l’adoption de compteurs intelligents. En 2017, 38% des compteurs étaient intelligents, et les analystes prévoient que cette part atteindra environ 60% d’ici à 2020. «L’objectif envisagé par la Commission européenne (80%) ne devrait pas être atteint en 2020, mais la tendance est positive», note Richard Mora.

Besoin d'innover

L+G doit continuer d’innover. La numérisation l’oblige à «vendre non seulement des compteurs, mais aussi des logiciels et des solutions à des problèmes complexes», révèle Richard Mora. Le processus se traduira par l’arrivée de compteurs connectés qui donneront accès à l’ensemble des objets d’un ménage.

Optimiste, Reto Hess, analyste auprès de Credit Suisse, estime la société «bien positionnée». Le groupe profite, à son avis, «des grandes tendances à longue échéance, en termes d’infrastructures, d’énergie renouvelable, de numérisation». Les efforts d’augmentation de la rentabilité des affaires en Europe devraient lentement porter leurs fruits.

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