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Economiesuisse s'explique sur ses prévisions abaissées pour 2019
 
Le 05-12-2018

La faîtière suisse des entreprises dramatise quelque peu en voyant le rythme de croissance économique en Suisse se réduire de moitié à 1,4% en 2019. Ce qui représente «une normalisation à un niveau élevé» selon son chef économiste.

Le ralentissement de l’économie suisse met un terme à une phase de forte expansion des exportations helvétiques selon économiesuisse. Dans ce contexte marqué par d’importantes incertitudes, la fédération suisse des entreprises ne craint pas d’avertir que «la croissance baissera de moitié en Suisse l’an prochain », à un rythme de 1,4%, soit à un rythme proche de la croissance potentielle, tout en présentant cette évolution comme «une normalisation à un niveau élevé». A l’issue de la conférence de presse qui s’est tenue mardi à Zurich, entretien avec Rudolf Minsch, le chef économiste d’Economiesuisse.

Vous avez rehaussé vos prévisions de croissance à 2,7% pour cette année (2,3% attendus en juin), malgré un faible troisième trimestre, mais abaissé celles-ci à 1,4% (1,7%) pour 2019. Sur la base de quels facteurs marquants?

Pour 2018, la révision à la hausse est à mettre sur le compte d’une expansion inattendue de l’économie suisse au deuxième trimestre, malgré un faible troisième trimestre qui ne doit cependant pas susciter d’inquiétude, car au troisième trimestre 2017, la croissance annuelle était encore de 2,4%. En fonction de l’évolution finale du quatrième trimestre, les estimations pour cette année se situent entre 2,7% et 2,9%.

Par rapport à cette année, vous réduisez pourtant quasiment de moitié la croissance prévisionnelle à 1,4% pour 2019. Le principal poste incriminé constitue les dépenses d’investissement, dont la croissance devrait, chuter de 4,2% cette année à 0,9% en 2019 selon vos attentes. Quelles conséquences majeures pour les entreprises suisses ?

Les entreprises sont désécurisées car les risques géopolitiques ont nettement augmenté, les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine en particulier, mais aussi la situation en Italie et la question de l’équivalence boursière européenne et d’un accord institutionnel pour la Suisse constituent autant de facteurs de nature à peser sur la quasi-euphorie qui prévalait il y a encore douze mois. D’où une tendance du monde des affaires et des entrepreneurs à considérer l’avenir avec moins d’euphorie et à rehausser les investissements dans une moindre ampleur, soit de 0,9%, que l’année précédente.

Une tendance susceptible de perdurer?

Si le contexte géopolitique mondial s’éclaircit quelque peu, les investissements ne marqueront qu’une phase de répit (Verschnaufpause) car les investissements ont été vigoureux ces dernières années.

Vous tablez sur un ralentissement de la croissance des exportations de 3% cette année à 2,1% l’an prochain. Avec quelles disparités selon les branches?

Les perspectives pour l’an prochain restent positives pour les grandes branches exportatrices que sont la pharma, la chimie mais aussi l’horlogerie, l’industrie des machines et le secteur textile.

En tablant sur une stabilité du cours de l’euro autour de 1,13 franc. Quels facteurs pourraient modifier ce scénario?

Le problème principal, c’est l’Europe. Et l’Italie en particulier où de nombreux emprunts à court terme arriveront à échéance, avec plus de 250 milliards d’euros de dettes à renouveler sur le marché des capitaux. Ce qui pourrait donner lieu à des incertitudes sur les marchés financiers. Et l’on sait que l’apparition de tels problèmes en Europe tend à induire une fuite dans le franc et un scénario d’appréciation de notre monnaie.

Et ces incertitudes sont déjà ancrées dans les attentes des entreprises et des entrepreneurs en Suisse?

Les entrepreneurs anticipent un risque plus élevé d’appréciation du franc. On n’est plus aussi naïf qu’avant l’abolition du taux plancher qui avait surpris quasiment tout le monde.

Ce cours de 1,13 franc implique-t-il des interventions de la BNS?

Si une crise européenne bis devait survenir, la BNS devrait encore intervenir mais si l’euro ne devait coûter que 1,10 franc, au lieu de 1,13, je ne pars pas de l’idée que la BNS doive intervenir.

Avec une inflation attendue à 0,8% en 2019, pensez-vous que la BNS pourrait rehausser ses taux d’intérêt indépendamment de la BCE l’an prochain?

Pas de manière pleinement indépendante. La BCE détermine en quelque sorte un carcan (Korsett) au sein duquel la BNS doit manœuvrer. L’on observe toutefois que les chances d’une sortie de la politique monétaire ultra-expansive ont effectivement augmenté. Nous anticipons les premiers pas de la BCE au deuxième semestre 2019, ce qui permettra à la BNS de disposer d’une marge de manœuvre pour agir de manière indépendante. Dès lors que le pas en direction d’une normalisation des taux d’intérêt est pris par la BCE, la BNS peut mener une politique plus indépendante qu’actuellement. D’autant que la conjoncture suisse supporterait un relèvement de taux d’intérêt.

Et le marché immobilier, supporterait-il lui aussi un relèvement?

Le marché immobilier devra de toute façon faire tôt ou tard l’expérience d’une certaine correction des prix. La question qui se pose dès lors est savoir de quelle ampleur: dans le cadre d’un atterrissage en douceur (soft landing) ou d’une réaction en chaîne. Il est donc important que des signaux d’une certaine baisse des prix soient envoyés par la BNS.

Quelle est l’importance du maintien d’un différentiel de taux d’intérêt avec l’euro dans un contexte de taux négatifs?

Le différentiel de taux d’intérêt est très important dans un contexte de tensions, par exemple lors de la crise de la dette dans la zone euro. Mais dans un contexte d’évolution stable de la zone euro, le différentiel d’intérêt n’est plus aussi décisif.

En termes sectoriels, vous anticipez une croissance positive quasiment pour toutes les branches de l’économie. Y compris au niveau de l’emploi, sauf dans l’hôtellerie et dans le secteur alimentaire, où l’emploi devrait stagner, et même reculer dans le commerce, les assurances et les banques…

Ces trois secteurs continuent à gagner davantage d’argent mais ils sont amenés, simultanément, à réduire leurs effectifs dans le cadre d’un processus d’adaptation structurelle d’amélioration de la productivité, lié en particulier dans le secteur bancaire, au tournant numérique et à l’automatisation. Nous évaluons la progression de l’emploi à près de 3%, parallèlement et dans le sillage du PIB, ce qui implique encore une création de nouveaux emplois en 2019.

Piotr Kaczor
AGEFI

 



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