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Les artisans genevois d’une informatique locale
 
Le 28-11-2018

La société coopérative Itopie fait l’apologie d’un milieu IT durable en réparant 500 ordinateurs par an, en vendant des machines de seconde main et en proposant des formations.

Trier ses déchets, acheter local, boire du café équitable,… Si les gestes quotidiens responsables se multiplient, un domaine est bien souvent oublié: l’informatique. Pourtant il y existe des solutions durables mises en œuvre par la coopérative Itopie. Depuis 2012, cette structure genevoise, nichée au 10 de la rue Lissignol, propose ses services en réparation d’ordinateurs, vente d’appareils d’occasion, formation et gestion de parcs informatiques pour entreprises.

«La phase la plus polluante du cycle de vie d’un ordinateur est sa fabrication», affirme Samuel Chenal, coopérateur salarié et chef de projet. «Au moins 60% de l’énergie totale consommée par un appareil est due à sa fabrication. Le réflexe durable revient donc à éviter d’en changer tous les trois ans.» La réparation est ainsi l’un des piliers de l’organisme: chaque année, environ 500 ordinateurs sont confiés à l’atelier de l’arcade du centre-ville.

Par ailleurs, les rayonnages du magasin exposent des tours et PC portables d’occasion. «Nous vendons à peu près 200 ordinateurs revalorisés par an. Ces instruments fonctionnels ont généralement entre trois et cinq ans. Les entreprises s’en débarrassent et, sans nous, ils finiraient à la fonderie.» Ces machines de seconde main ont une durée de vie qui s’étend jusqu’à dix ans, d’autant plus longue que les réparateurs y installent des logiciels libres, épargnés par l’obsolescence logicielle. Il précise: «Nous privilégions les machines de gamme professionnelle, généralement moins touchées par l’obsolescence programmée.» Cette pratique qui consiste à réduire sciemment la durée de vie d’un appareil pour en accroître le taux de remplacement est courante dans l’univers numérique. Souvenez-vous d’Apple qui a avoué brider les performances d'anciens modèles d'iPhone via des mises à jour. «Pourtant, sans cesse pousser le consommateur à l’achat a des conséquences environnementales et sociales catastrophiques.»

Troisième pôle d’activité: la formation. «Nous fustigeons la technocratie de quelques grandes compagnies: ces géants abusent de la crédulité du consommateur qui manque de clés de lecture dans ce domaine et qui se fait piéger par des arnaques, des achats inutiles. Nous voulons rendre le citoyen autonome.» De ce fait, la coopérative dispense régulièrement des cours grand public: des séances d’initiation à GNU/Linux, au montage vidéo ou encore à la programmation sur logiciels libres.

Dernier volet d’activité: l’infogérance. Une clientèle d’une vingtaine d’entreprises fait déjà confiance à Itopie dans la gestion de ses parcs informatiques.

Une communauté soudée

Au total, l’organisme est porté par 74 coopérateurs de différents types, investis de près ou de loin dans le projet: soit des structures partenaires telles que l’association Swisslinux ou le fablab genevois Onl'Fait; soit des sympathisants qui peuvent être des habitués du magasin ou des entreprises clientes; soit encore, les cinq salariés de la coopérative dont deux apprentis; soit finalement, les cinq prestataires réalisant des mandats pour la coopérative. A l’origine, la plateforme visait aussi à regrouper ces informaticiens indépendants afin de les sortir de leur isolement. «Bien souvent, ces professionnels prennent peu de vacances car ils doivent garantir un support en cas de besoin. La coopérative leur permet de prendre des congés ou de trouver un remplaçant s’ils sont malades», dit le porte-parole.

Un commerce de pièces locales en ligne de mire

L’an prochain, la coopérative lancera Itopièce: la revalorisation locale de pièces détachées. Samuel Chenal explique: «Si vous renversez du café sur votre clavier et que vous en commandez un autre, il viendra d’Angleterre, d’Allemagne ou de Chine. C’est aberrant vu l’immense quantité de claviers suisses français disponible tout près de nous.» En collaboration avec les Etablissements publics pour l'intégration (EPI) et l’association Noe21, Itopie vendra des pièces aux réparateurs romands. Elles proviendront d’appareils irréparables démontés par des personnes en situation de handicap ou en difficulté d’insertion professionnelle. Une levée de fonds sera lancée dans les prochains mois pour accélérer le lancement du projet.

Militants de la culture libre et de l’économie de proximité

Au jour le jour, Itopie prône la culture libre: elle emploie le système d’exploitation Linux, le navigateur Firefox, la messagerie Thunderbird, le logiciel de retouche Gimp ou encore le programme de dessin Inkscape. «C’est un changement de paradigme économique. Le travail d’une communauté y est valorisé, et non une position dominante – comme celle de Microsoft ou d’Adobe – dans une économie de rente qui ne profite qu’aux colosses établis», affirme le coopérateur.

Il soutient que l’écosystème du libre et du recyclé profite davantage à l’économie locale: «A l’échelle régionale, acheter un ordinateur neuf ne bénéficie qu’aux livreurs de cartons. Peu d’informaticiens travaillent réellement dans ces flux car ces boîtes internationales remplacent plus qu’elles ne réparent.» Au contraire, la filière de la revalorisation emploie de nombreux professionnels. «Chez Itopie, nous accueillons par exemple quinze stagiaires par an, venus du chômage, de l’Hospice général ou de l’assurance-invalidité. Ils remettent le pied à l’étrier du monde professionnel en démontant, réparant, testant, conseillant,... Des tâches qui n’existent plus dans une économie super-globalisée du neuf.»

Sophie Marenne
AGEFI

 



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