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Jonathan Brossard, patron précoce
 
Le 27-11-2018

Propulsé à 28 ans à la tête de Fischer Connectors, le juriste de formation a dû faire ses preuves dans un milieu technique exigeant. C’est sur ses épaules que repose aujourd’hui la transition de son entreprise vers le statut de multinationale

Il y a des instants où tout se précipite, de ceux où l’on se retrouve à devoir prendre une décision qui pourrait changer le cours d’une vie. Pour Jonathan Brossard, ça remonte à deux ans, quand un matin de septembre 2016, il s’est retrouvé propulsé à la tête d’une entreprise de 400 collaborateurs. «A ce moment-là, je me suis demandé ce qui m’arrivait», confie celui qui n’avait que 28 ans à l’époque où il a été nommé directeur général de Fischer Connectors.

«Prends les clés, débrouille-toi»

Celui qui est passé tout près cet automne de remporter le Prix EY d’entrepreneur suisse de l’année (catégorie entreprise familiale), se souvient de l’atmosphère électrique dans la salle où étaient réunis administrateurs et membres de la direction. «Numéro un et numéro deux de l’entreprise sont partis. On m’a dit: prends les clés, débrouille-toi.»

Pistonné? Après douze ans sous la direction de Dominique Glauser – le numéro un en question, qui a été l’architecte de la modernisation de Fischer Connectors –, la famille voulait remettre la main sur l’opérationnel du groupe de Saint-Prex. En tant qu’époux de Sabrina Fischer, la fille du président du conseil d’administration, Peter Fischer, Jonathan Brossard se plaçait en héritier naturel. Il ne dit pas si c’est ce qui a écourté la période de transition avec son prédécesseur, évoquant pudiquement des «divergences de vues».

Des débuts difficiles

Mais il raconte le déficit de crédibilité qu’il a ressenti à ses débuts, et qu’il perçoit encore parfois dans le regard de ses pairs ou de certains clients. Et pour cause, «je ne suis pas ingénieur, je ne connaissais pas grand-chose aux connecteurs», concède celui qui, quelques mois avant sa prise de fonction, était encore sur les bancs de la Faculté de droit à l’Université de Lausanne.

Surtout, Jonathan Brossard sait s’entourer. D’abord de ses collaborateurs, «ils ont les compétences que je n’ai pas.» A leurs côtés, il apprivoise les plus de 30 000 produits au catalogue de l’entreprise, entrant dans la composition d’endoscopes ou de robots d’inspection du site de Fukushima. Et puis de ses clients, auprès desquels il cherche à comprendre les besoins du marché. Ou plutôt des marchés, puisque le groupe compte huit filiales dans le monde, notamment au Japon et aux Etats-Unis, chacune avec des spécificités locales, dans des segments aussi divers que le médical, les transports ou encore le militaire. Il les visite toutes.

De la connectique à la connectivité

Puis il passe à l’offensive. «Nous devons évoluer de la connectique vers la connectivité.» Car le connecteur est l’élément névralgique de la transmission de données, comme il aime à le souligner. Jonathan Brossard noue des partenariats dans des segments stratégiques comme les énergies renouvelables, avec SolarStratos, un projet d’avion solaire.

Fischer Connectors s’est aussi rapprochée de la société britannique Wearable Technologies, spécialisée dans les vêtements intelligents. «Nous produisons les connecteurs installés sur les gilets d’ouvriers de chantier par exemple et sur lesquels sont branchés des radios ou des capteurs détectant un danger, comme du gaz ou encore la proximité de véhicules.» Un partenariat qui est né de ses velléités pour le juteux segment des technologies de la défense, «ces dispositifs portatifs sont déjà une réalité chez le soldat connecté».

Taille critique

Le groupe se trouve aujourd’hui à un tournant: avec désormais 550 collaborateurs dans huit pays, elle n’est de loin plus une PME (la définition fédérale fixe le seuil à 250 employés). Mais elle n’a pas encore les épaules d’une grande multinationale, tout en faisant face aux mêmes défis: réglementation accrue, fiscalité incertaine et logistique. «Tout l’enjeu consiste à gagner en efficience, sans toucher aux effectifs.» Il peut compter sur son coach, son président de beau-père, Peter Fischer, avec qui il partage sa vision stratégique. Il est un peu plus que ça d’ailleurs.

Au fil de la discussion, l’armure se fissure un peu, à peine, en évoquant ce lien, qui a pris une dimension paternelle à la mort du père de Jonathan Brossard en 2012. Il s’en souvient comme d’un événement «intense», douloureux et marquant, qui l’a brutalement tiré de l’insouciance avec laquelle il menait sa vie. «Je n’avais jamais vraiment pris les études au sérieux, jusqu’à la mort de celui que j’admirais – il était le premier Suisse à avoir intégré l’ENA (institut français qui forme les hauts fonctionnaires, ndlr).» «Je regrette qu’il ne voie pas ce que je suis devenu.»

Rachel Richterich
LE TEMPS

 



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