.
Actualités
Rubriques

Vente

Emploi

Contact

 



«Il manquera un demi-million de personnel qualifié en Suisse en 2030»
 
Le 20-11-2018

Nicole Burth, CEO du groupe Adecco Suisse, reste optimiste malgré l’inadéquation entre l’emploi offert et le profil des personnes en quête d’emploi.

Pour son prochain Grand Entretien sur le thème «Le futur du travail», L’Agefi accueille Nicole Burth, directrice du groupe Adecco Suisse, mardi à 17 heures à Lausanne (Gotham Ouchy). Nicole Burth collabore au groupe depuis 2005 et dirige le groupe Adecco Suisse depuis 2015.

Adecco, numéro un mondial des solutions en ressources humaines, possède plus de 100.000 clients et est en contact journalier avec quelque 700.000 travailleurs dans le monde. Le groupe basé à Zurich se décrit comme le plus grand employeur au monde. Ce dernier compte 34.000 collaborateurs directs, pour un chiffre d’affaires 2017 de près de 23,7 milliards d’euros. Son portefeuille de marques comprend: Adia, Adecco, Spring Professional, Badenoch & Clark, Lee Hecht Harrison et Pontoon.

Avant d’être nommée CEO de la Suisse, elle a assumé différentes positions chez le groupe Adecco. Elle était CFO de Pontoon Solutions, un prestataire leader mondial des solutions de gestion de main-d’œuvre et a dirigé pendant un an ses opérations EMEA. De 2008 à 2010, Nicole Burth a dirigé Adecco Allemagne et a été responsable de l’intégration réussie de Tuja et DIS. Avant cette position, elle était Head of Investor Relations and Special Projects au sein du groupe Adecco.

Avant de joindre Adecco, Nicole Burth était analyste financière auprès de diverses banques, entre 1998 et 2005. Nicole Burth a étudié l’économie à l’Université de Zurich. Elle est diplômée Chartered Financial Analyst (CFA). Elle dirige 600 collaborateurs et 23.000 employés externes (Suisse), pour 480 millions d’euros de chiffre d’affaire en Suisse en 2017. Interview.

Quels sont les derniers chiffres clés sur le futur du travail, thème du Grand Entretien de L’Agefi dont vous êtes l’invitée, mardi à Lausanne?

Outre la demande croissante de flexibilité, il existe 2 grandes tendances: la numérisation et l’évolution démographique. Des enquêtes indiquent qu'un emploi sur deux est menacé par la numérisation (Source: Berger, Frey et Osborne 2015). Selon McKinsey, entre 0,8 à 1 million d'emplois seront supprimés. Malgré tout, je reste résolument optimiste.

La bonne nouvelle, c’est que de nouvelles professions et de nouveaux emplois seront créés dans les domaines de l'informatique, de la robotique et des logiciels - la plupart d'entre eux à un niveau de qualification supérieur. La Banque mondiale estime que pour chaque nouvel emploi dans le secteur de la technologie, 5 nouveaux emplois sont créés dans l'environnement immédiat.

Dans sa dernière étude sur l’avenir du travail: une opportunité numérique pour la Suisse, McKinsey estime à plus de 1% le gain de productivité lié aux opportunités numériques entre 2015 et 2025 et à 30% les tâches en Suisse, qui pourraient être automatisées d'ici 2030, ainsi que les nouvelles tâches à venir (déplacement de 1-1,2 million emplois par automatisation et numérisation et 0,8-1 million en équivalent d’emplois à créer).

Quel sera l’impact chiffré de cette évolution démographique?

C’est la deuxième grande tendance, qui affectera fortement nos marchés du travail. Selon l'ONU, la population vieillit progressivement et le taux de natalité diminue. La jeune génération devrait diminuer de moitié d’ici 2030 et la tranche des plus de 65 ans deviendra le groupe de population dont la croissance sera la plus rapide (augmentation de 84%). Les baby-boomers vont commencer à prendre leur retraite entre 2020 et 2035. Ce qui signifie que de plus en plus de personnes quitteront le marché du travail chaque année (en raison de leur retraite ou de leur décès) par rapport aux jeunes. Ce manque de jeunes entraînera une pénurie massive de main-d'œuvre qualifiée.

Dans son étude de 2014 sur la crise mondiale de la main-d'œuvre, le Boston Consulting Group prédit que la plupart des pays seront confrontés à une pénurie massive de main-d'œuvre qualifiée d'ici 2030. Les mêmes études montrent que la Suisse sera confrontée à une pénurie d'environ un demi-million de travailleurs qualifiés.

Alors, que pouvons-nous faire pour influencer le vieillissement démographique et la numérisation?

Il y a deux effets opposés: le premier effet positif est celui selon lequel les personnes, qui quittent le marché du travail pour des raisons liées à l'âge, occupent des emplois qui seront perdus. Le taux de chômage reste stable.

Le scénario négatif, le plus probable, selon lequel les personnes, qui quittent le marché du travail pour des raisons liées à l'âge ont d'importantes qualifications. Cela accentuera encore la pénurie de main-d'œuvre qualifiée.

Cette évolution engendre donc une inadéquation entre l’emploi offert et le profil des personnes en quête d’emploi.

Absolument. C’est ce que l’on appelle un mismatch, un décalage. Autrement dit, les profils d’emploi proposés ne correspondent pas aux profils des personnes en quête d’emploi. C’est pourquoi il est indispensable d’apprendre tout au long de sa vie. La formation et la formation continue sont essentielles, mais aussi l’évolution au sein de son emploi. Il est primordial d’apprendre à apprendre.

D’autant que sur 10 personnes qui terminent l’université, 6 ne connaissant pas le job qu’elles occuperont. Ces emplois n’existant pas encore.

Que faire pour lutter contre cette inadéquation de talents?

Pour lutter contre ce mismatch, je propose 3 mesures. Premièrement, tirer profit de notre marché du travail interne. Je pense à toutes nos femmes et aux personnes de plus de 50 ans. Deuxièmement, favoriser l’intégration de professionnels étrangers. Et troisièmement, appliquer le concept de «augmented workforce», afin d’augmenter la capacité des effectifs.

Qu’entendez-vous par «augmented workforce?»

Il est possible d’augmenter la capacité des effectifs en profitant du savoir-faire des «gig workers», que l’on traduirait par l’économie des travailleurs indépendants ou temporaires. Pour des projets, des gig workers sont engagés et apportent aux employées un précieux savoir-faire. De plus, l’utilisation d’outils digitaux adaptés peut améliorer l’efficacité de chacun. Tout cela implique d’apprendre tout au long de la vie. Mais surtout, on doit apprendre comment apprendre et améliorer ses compétences et se former à la réorientation professionnelle.

Elsa Floret
AGEFI

 



Copyright © 2001 - 2019 Inter Group News All Rights Reserved