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Stignergy met les voiles pour la Suisse alémanique avant l’Europe
 
Le 06-11-2018

La jeune PME du Swiss Technopole d’Yverdon aide ses clients B2B à réduire leurs factures d’énergie. Elle est en pleine levée de fonds et cherche jusqu’à 3 millions pour assurer la commercialisation de sa solution au-delà du Röstigraben.

Si réduire sa consommation d’énergie entre peu à peu dans les mœurs des particuliers à travers de petits gestes quotidiens, c’est autrement plus compliqué pour les entreprises. La start-up Stignergy installée à l’Y-Parc d’Yverdon-les-Bains assiste les sociétés vers cet objectif. Elle leur propose une solution Smart Energy Management System (SEMS), soit l’analyse et le contrôle de leurs appareils les plus gourmands en énergie. Ainsi, elles évitent les pics de consommation qui font bondir leur facture d’électricité. Sami Najjar, CEO de la jeune pousse, explique: «Nous installons un terminal électronique sur chaque gros consommateur du site d’un client: ventilateur, compresseur, four,... Ce module mesure la charge électrique de l’appareil en temps réel. Les différents terminaux communiquent entre eux. Ils sont ainsi capables de prendre des décisions de pilotage à leur échelle grâce à un algorithme embarqué qui calcule, de façon décentralisée, à quelle puissance la machine doit fonctionner.»

L’ensemble de ces décisions réduit les pics de puissance, au regard notamment de la tarification des heures creuses et pleines, et optimise ainsi la consommation. Résultats: une réduction de 10 à 15% des coûts d’électricité. «En collaboration avec Romande Energie, nous avons par exemple équipé les Usines métallurgiques de Vallorbe de notre système. L’économie annuelle pour ce site équivaut à environ 50.000 francs par an, pour un investissement de 75.000 francs», dit-il.

La clientèle ciblée par Stignergy est composée de sociétés de l’industrie ou des services de secteurs tels que la métallurgie, la mécanique, l’agroalimentaire ou encore la pharma. La PME a déjà équipé, par exemple, une fabrique d’instruments dentaires de Ballaigues, une école située à Founex ou encore une carrière de sable du canton de Neuchâtel. «Nous visons toute entreprise dont la facture l’électricité dépasse les 20.000 francs: c’est là où le potentiel d’économie est intéressant.»

Tour de table pour franchir les frontières

La start-up a débuté la commercialisation de son système SEMS au début de 2017. Depuis, elle a équipé 18 sites en Suisse romande dont ceux de très grandes industries. «Aujourd’hui, nous nous préparons à franchir le Röstigraben grâce à des partenaires locaux. Nous pénétrerons le marché alémanique en 2019. En 2020, nous ferons notre entrée sur le marché européen: nous aimerions mettre le pied en Allemagne, Autriche, Italie et France», commente le CEO.

La jeune entreprise est à la recherche de fonds pour assurer la commercialisation de son système hors des frontières. Elle est actuellement en discussion avec de potentiels investisseurs. La somme visée – entre 2,5 et 3 millions de francs – servira principalement à engager une équipe opérationnelle de business developers. D’une taille de six collaborateurs actuellement, Stignergy compte disposer d’un effectif d’une trentaine d’employés d’ici trois ans.

Spin-off de la HEIG-VD

Ingénieur en télécommunications et informatique, Sami Najjar n’en est pas à son coup d’essai entrepreneurial. Au milieu des années 2000, il a créé KeyCom: un portail de gestion de buanderies aujourd’hui utilisé par 500 immeubles des cantons de Fribourg, Genève et Vaud. Il a vendu cette start-up en 2007.

Peu de temps après, il s’est vu confier un mandat par la HEIG-VD pour analyser le potentiel d’un système de mesure énergétique destiné aux ménages. «J’ai voulu rendre ce produit vraiment intelligent afin qu’au-delà de la simple mesure, cet outil prenne également des décisions.» Il a alors conçu une solution, basée sur une intelligence collective, destinée aux consommateurs industriels et aux services. Cette idée a plu à la HEIG-VD.

Après avoir trouvé des fonds de recherche et mis sur pied une équipe interne, le projet est lancé en 2010. L’initiative a obtenu un coup de pouce de la Swiss electric research et de la bourse HEIG-VD Start-Up, puis du prix Genilem HES-Vaud l’année suivante. «En 2012, après deux ans de recherche et développement, nous avons installé un premier prototype dans le restaurant de l’Y Parc», raconte-t-il. En novembre 2012, la société Stignergy a été fondée en vue de l’industrialisation du produit.

Diversification vers la gestion de microgrids

Vu que la solution intelligente de Stignergy récolte de belles quantités de données, la start-up a pu développer des services supplémentaires: statistiques, maintenance préventive, détection des pannes, contrôle de qualité de l’environnement d’un appareil,... «Nous sommes à l’écoute des besoins de nos clients et nous pouvons personnaliser la solution», décrit Sami Najjar.

Une autre nouveauté conçue lors d’un projet pilote unique en Suisse, mené en collaboration avec Romande Energie et Leclanché: l’intégration de batteries au système STEMS. «En février 2018, l’entreprise maraîchère Sylvain & Co basée à Essert-sous-Champvent a été dotée d’une station photovoltaïque de 400 m2 couplée à des batteries et à notre solution. Le but est d’augmenter la décentralisation de la consommation, soit l’utilisation d’énergie produite localement», dit-il.

La réussite de ce projet a ouvert les portes d’un nouveau marché pour la start-up: celui des microgrids – soit la portion finale du réseau électrique. La PME gère les flux énergétiques locaux qui sont de plus en plus courants, notamment à cause de l’émergence de la production décentralisée d’énergie grâce aux panneaux solaires. «Un microgrid est le réseau d’un quartier comprenant des habitations mais aussi un petit supermarché, des pompes à chaleur ou des chargeurs de voitures électriques, par exemple. Ces éléments demandent à être équilibrés pour ne pas déstabiliser le réseau.» A l’avenir, la start-up se chargera donc de réguler les grands consommateurs de réseaux locaux, en collaboration directe avec le distributeur d’électricité – ce qui est une innovation en Suisse.

Vers un modèle de contracting à la performance énergétique

Depuis le projet au sein de l’entreprise Sylvain & Co, la start-up a mis au point une nouvelle formule de distribution: le contracting. Le budget total de l’installation d’Essert-sous-Champvent était de 530.000 francs mais la société agroalimentaire n’a rien déboursé: Stignergy se rémunère sur les économies réalisées. «Après la période d’amortissement, nous partagerons les économies avec le client. Celui-ci bénéficie tout-de-même du monitoring dès le début car il répond ainsi à des obligations légales, sans investissements de base.» Le CEO en est convaincu: ce nouveau modèle d’affaires accélèrera l’implémentation du produit sur le marché.

Sophie Marenne
AGEFI

 



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