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Aviation: le marché mondial s’ouvre aux PME romandes
 
Le 06-11-2018

Plus de 160 entreprises ont rencontré les cinq constructeurs étrangers pressentis pour livrer le prochain avion de combat, avec des contrats se chiffrant en milliards à la clé.

Les cinq constructeurs étrangers pressentis pour livrer le prochain avion de combat de l’armée ont mené une opération séduction au mois d’octobre. Ils ont passé dix jours entre Berne et Lausanne. Objectif? Rencontrer les industriels suisses. Quelque 175 sociétés ont répondu présentes aux rencontres avec Airbus, Boeing, Dassault, Lockheed Martin et Saab. «Presque la moitié d’entre elles sont établies de ce côté-ci de la Sarine», indique Philippe Zahno, secrétaire général du Groupe romand pour le matériel de défense et de sécurité (GRPM).

Ces réunions étaient organisées par le GRPM, Swiss ASD, la division aéronautique, sécurité et défense de Swissmem, et le Bureau des affaires compensatoires de la Confédération. «Les consortiums se sont déplacés, avec souvent une quarantaine de personnes, afin de rencontrer un maximum de firmes. Au final, plus de 4000 contacts bilatéraux directs ont été noués», ajoute Philippe Zahno. Des discussions ont aussi eu lieu avec les fournisseurs des avionneurs. «Airbus compte, par exemple, 12.000 fournisseurs, ce qui représente autant de possibilités d’affaires. Quant à Boeing, il dispose du réseau de fournisseurs le plus important au monde», précise le secrétaire général.

Carte à jouer dans le domaine civil

Ces discussions s’inscrivent dans le cadre des affaires dites compensatoires de l’armée. Armasuisse, le centre de compétences de la Confédération pour l’acquisition d'armes, attend, en effet, des fournisseurs étrangers qu'ils concluent des achats en Suisse pour le 100% de la valeur des contrats. Le prix des prochains avions de combat doit donc être compensé dans sa totalité par des participations industrielles helvétiques, ce qui représente à l’heure actuelle cinq milliards de francs.

La participation directe de notre pays à la construction des appareils est estimée à 20% des montants totaux à compenser. Les 80% restants peuvent être investis dans le domaine civil comme par exemple la métallurgie, l’électronique et électrotechnique. D’autres secteurs sont aussi visés: l’optique, l’horlogerie, la construction de véhicules et de wagons, les produits en caoutchouc et en matières synthétiques ainsi que la sécurité informatique. Sans oublier la branche aéronautique et spatiale.

Pour Philippe Zahno, c’est dans le domaine civil que réside le vrai potentiel pour les entreprises romandes, les grands groupes à caractère militaire se trouvant outre-Sarine. Sur sol romand, il n’y a en effet pas de firme qui fabrique du matériel de guerre. Il existe toutefois une soixantaine de fournisseurs qui collaborent avec les quatre grandes sociétés alémaniques actives dans ce créneau telles Ruag, Rheinmetall et Thales Suisse. A Genève par exemple, cinq entreprises fournissent du matériel destiné à l’aviation civile et militaire.

A noter que les principes d’acquisition d’armasuisse prévoient 30% des compensations pour la Romandie et 5% pour le Tessin. Swissmem chiffre par centaines le nombre de sociétés qui vont profiter de cette mesure. Dans le cas de la dernière grande acquisition, celle du F/A-18, quelque 375 entreprises étaient considérées comme sous-traitants, dont 75% de PME impliquées dans un tel programme.

Réseautage et exportations d’armes

Les rencontres du mois d’octobre ont surtout permis aux firmes romandes d’établir un premier contact avec les géants du secteur aéronautique que sont Airbus, Boeing, Dassault, Lockheed Martin et Saab ainsi qu’avec leurs fournisseurs. «Sans ces réunions, il est très difficile pour une petite entreprise d’avoir accès à ces grands groupes. Cela permet aux PME romandes de faire leur entrée dans un marché gigantesque», déclare Philippe Zahno. Aucun contrat portant sur les affaires compensatoires n’a encore été signé. Pour cela, il faudra attendre 2021 voire 2022, soit le moment où la décision de l’achat de l’avion de combat sera prise.

Au niveau du calendrier, les cinq avionneurs pressentis déposeront leur offre, en janvier, auprès de l’Office fédéral de l’armement (armasuisse). L’administration fédérale va ensuite lancer un deuxième appel d’offres. Les entreprises intéressées pourront y participer jusqu’à fin 2019. Parallèlement, les premiers tests d’avions seront effectués, dès l’an prochain. En 2020, le peuple devrait se prononcer sur l’enveloppe financière du nouvel appareil. La décision du choix de l’avion ne devrait donc pas intervenir avant 2021, voire 2022.

La branche de l’armement a connu plusieurs difficultés, ces dernières années, entre franc fort et recul des achats de l’armée. «Elle a perdu des milliers d’emplois, au cours des deux dernières décennies. Nous ne disposons pas d’une vision globale du chiffre d’affaires, ni d’un inventaire exhaustif du nombre de postes. Nous estimons néanmoins qu’au moins 15.000 personnes travaillent dans les entreprises spécialisées», souligne Philippe Zahno.

Récemment, le Conseil fédéral a décidé de suspendre son projet d’exportation de systèmes de défense dans les pays en conflit interne. Les ventes à l’étranger de matériel de guerre ont totalisé 205,2 millions de francs entre janvier et juin. Elles représentent environ 0,95% du total des exportations de notre pays. Pour redresser la barre, la branche mise désormais sur les nouveaux avions de combat et moins sur les affaires en dehors de nos frontières. «Les montants en jeu ne sont, en effet, pas comparables», conclut le secrétaire général.

Maude Bonvin
AGEFI

 



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