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«L’évolution de l’industrie automobile est une opportunité pour Georg Fischer»
 
Le 27-07-2018

Industrie mécanique. Yves Serra, CEO du groupe industriel schaffhousois fondé en 1802, manifeste sa satisfaction de la mise en œuvre de sa stratégie 2020.

Durant le mois de juillet, Georg Fischer (GF) a communiqué des résultats supérieurs aux attentes. Grâce notamment à un environnement économique favorable, le groupe schaffhousois a affiché des ventes en forte hausse (20%) au 1er semestre, dégageant un bénéfice net après minoritaires de 150 millions de francs pour cette même période (27% de plus qu’un an auparavant). A mi-chemin dans la mise en œuvre de sa stratégie 2020, Georg Fischer estime se trouver sur la bonne voie.

En outre, le conseil d’administration vient de nommer l’italo-brésilien Carlos Vasto comme nouveau chef de sa division GF Casting Solutions, effectif au premier septembre 2018. Auparavant, il a eu un long parcours au sein de Georg Fischer en Europe, aux Etats-Unis et au Brésil.

Fondée en 1802, le groupe est présent dans 34 pays avec 136 entreprises dont 57 unités de production. En 2017, le chiffre d’affaires annuel de Georg Fischer (15.835 collaborateurs) s’est élevé à 4150 millions de francs. Ce groupe a trois divisions: GF Piping Systems, GF Casting Solutions (anciennement GF Automotive) et GF Machining Solutions.

C’est dans son siège schaffhousois qu’Yves Serra a reçu l’Agefi pour un grand entretien. Depuis 2008, ce franco-suisse est CEO de Georg Fischer. Entre 1998 et 2003, il avait dirigé à Genève Charmilles Technologies SA, une entreprise qui a été intégrée dans la division GF Machining Solutions. Durant sa carrière professionnelle, Yves Serra a passé treize ans au Japon pour le compte de Sulzer puis de Charmilles Technologies.

Est-ce que vos principaux actionnaires font pression pour que Georg Fischer devienne plus spécialisé et, par exemple, se concentre sur deux voire une seule division?

La grande majorité de nos actionnaires sont satisfaits de la situation actuelle dans la mesure où nos trois divisions génèrent de la valeur bien au-dessus de notre coût moyen du capital (WACC). De plus nous sommes parmi les leaders mondiaux dans nos trois divisions dont l’existence est le fruit d’un développement historique.

Fin 2017, BlackRock Group détenait «plus de 5%» de votre actionnariat. Quelle influence ont-ils sur votre entreprise?

BlackRock est un investisseur orienté sur le long terme et qui est important pour nombre d’entreprises suisses, y compris Georg Fischer. Nous sommes par conséquent à l’écoute de leurs remarques et de leurs demandes mais (nous considérons que) chaque investisseur est important.

Quelles sont les principales synergies entre vos trois divisions?

Nous avons des clients communs à plusieurs divisions, par exemple des clients dans l’industrie aéronautique. En outre, lorsque qu’une division cherche à s’implanter dans un nouveau pays, le fait de pouvoir s’appuyer sur une ou deux divisions déjà présentes sur place, ne fut-ce qu’en utilisant leurs bâtiments, est un atout précieux. Et nos fonctions d’état-major (55 personnes à Schaffhouse) sont communes aux trois divisions.

Georg Fischer est coté au SIX Swiss Exchange. En êtes-vous satisfaits ou songez-vous à un going private à l’instar d’Hilti?

Nous sommes tout à fait satisfaits d’être cotés en bourse, depuis 100 ans d’ailleurs. Sortir de la bourse n’est donc pas une option pour nous. Le fait d’être coté permet une plus grande flexibilité de financement et est aussi un gage de transparence.

Votre rapport annuel de 2017 contient 140 pages. D’après vous, est-ce que le niveau de détail est adéquat?

Dans une large mesure, le niveau de détail, et donc la taille de notre rapport , est la conséquence de la réglementation, principalement celle du SIX Swiss Echange. D’une manière générale, nous sommes d’avis que cette transparence est positive. En outre, nous sommes conscients que la taille de nos rapports annuels peut être considérée comme excessive par certains actionnaires. Pour cette raison, en plus de notre rapport complet disponible uniquement en version numérique, nous mettons à disposition un résumé de 28 pages en format papier.

Votre direction générale comprend cinq membres (CEO, CFO, trois chefs de division). Ne ressentez-vous pas le besoin d’y inclure des responsables de continent?

Non car je considère que la simplicité organisationnelle est un gage d’efficacité. En plus, nos trois divisions sont très différentes entre elles et nous pensons qu’une organisation matricielle serait inutilement compliquée.

Sur les couvertures de vos rapports annuels, des jeunes femmes sont systématiquement mises en avant. Quelle est la place des femmes dans votre groupe?

Les personnes présentes sur les couvertures sont des employées de Georg Fischer. Quinze pourcents de nos employés sont des femmes et ce pourcentage est le même en ce qui concerne nos cadres. Naturellement, pour certaines activités qui sont physiquement astreignantes comme le travail en fonderie, nous avons plutôt des hommes.

Quel sera l’impact des voitures du futur (autonomes, connectées, partagées, électriques) sur Georg Fischer?

Cette évolution de l’industrie automobile représente une opportunité pour nous car elle exige des nouveaux composants plus légers, ce qui est notre spécialité. Les voitures hybrides sont également intéressantes parce qu’elles ont deux motorisations.

Concernant par exemple la division GF Casting Solutions, vous avez treize sites de production dans cinq pays. Quels sont vos critères pour définir l’emplacement de vos sites de production?

Notre priorité est la proximité avec nos clients dans le but de tisser des relations étroites et cela dans les langues locales. Cette collaboration est essentielle notamment lors du développement de nouvelles pièces et aussi pour pouvoir réagir rapidement lors des pics de demandes. Finalement, nous cherchons aussi à minimiser les coûts de transport.

Avez-vous des usines pilotes?

A Schaffhouse, à proximité de notre centre de recherche de la division GF Casting Solutions, nous avons en effet une petite usine pilote et un centre de test. Cela nous permet d’obtenir les certifications requises et d’optimiser nos processus avant de les répliquer dans des usines de production de série.

«Il nous est facile d’attirer des talents en provenance de l’étranger»

Votre siège mondial est basé à Schaffhouse. Etes-vous satisfait de ce canton notamment en ce qui concerne l’accès aux talents?

Schaffhouse est un petit canton de 70.000 habitants mais proche de Zurich et de son aéroport. De plus, il est facile d’attirer en Suisse des talents en provenance de l’étranger, y compris bien sûr des frontaliers allemands. Nous sommes aussi en train de moderniser nos bureaux afin de rester attractifs. Et nous avons des contacts réguliers avec les autorités locales qui sont bien au fait de nos activités. En résumé, nous sommes tout à fait satisfaits d’être à Schaffhouse.

Pensez-vous que le parlement suisse a une bonne compréhension des besoin de l’industrie ou regrettez-vous l’époque où plusieurs capitaines d’industrie siégeaient au parlement?

Nous avons des contacts réguliers avec les parlementaires fédéraux notamment schaffhousois. De toute évidence, ces conseillers nationaux et ces conseillers aux Etats s’intéressent de près à nos activités. Cette accessibilité du pouvoir législatif, par les entreprises ainsi que par la population, est un point fort de la Suisse.

Comme voyez-vous l’évolution des conditions cadres en Suisse, par exemple la réforme de la fiscalité des entreprises?

Nous sommes satisfaits de l’application raisonnable de la législation contre l’immigration de masse. Cette mise en œuvre «light» est d’ailleurs dans l’intérêt de la Suisse et des Suisses. Une autre condition cadre très importante et positive, ce sont les bonnes relations entre les entreprises et les partenaires sociaux. Concernant la réforme de la fiscalité des entreprises, les simulations que nous avons faites indiquent que notre facture fiscale devrait connaître une légère baisse en Suisse. En conclusion, nous considérons que les conditions cadres suisses sont favorables aux entreprises et, pour compenser la cherté suisse, il est essentiel de maintenir ces bonnes conditions.

Etant donné que les statuts fiscaux spéciaux, notamment les «sociétés principales», seront abolis, pourquoi est-ce que Georg Fischer prévoit de payer un peu moins d’impôts en Suisse?
Bien que nous soyons une entreprise internationale, nous avons beaucoup d’activités locales en Suisse et ces dernières sont imposées aux taux ordinaires. Et, dans le cadre de la réforme fiscale, ces taux ordinaires devraient être réduits même si les réductions ne sont pas encore fixées dans la majorité des cantons. – (PM)

Les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine affectent peu le groupe suisse. Pour l’instant.

Pour chacune de vos trois divisions, comment décririez-vous vos principaux concurrents?

Concernant la division GF Piping Systems, nos concurrents sont avant tout locaux. En revanche dans la division GF Machining Solutions, ces compétiteurs sont globaux et principalement allemands et japonais. Et quant à la division GF Casting Solutions, il existe une combinaison de concurrents locaux et globaux.

Vous êtes à la fois proche du Japon et de la Chine. Quelles grandes différences observez-vous entre ces marchés?

Nous sommes rentrés sur le marché chinois il y a plus de 35 ans lorsque ce marché en était encore à ses balbutiements. Pour nos produits, ce pays représente aujourd’hui 30 à 50% du marché mondial. En Chine, où nous avons actuellement 22 usines et 4 centres d’innovation, nous avons donc grandi avec le marché.

En revanche, le marché japonais est mature depuis longtemps. Ce pays est aussi caractérisé par une très forte présence de concurrents locaux. Par conséquent, nous mettons surtout l’accent sur les segments de marché où la concurrence endogène est relativement faible. En plus, nous avons comme clients des sociétés japonaises hors de leur pays d’origine.

Etant donné que l’Asie est très importante pour Georg Fischer, envisagez-vous une cotation (secondaire) dans une bourse asiatique?

Ce sujet n’est pas d’actualité.

Dans quelles mesures êtes-vous affecté par les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine?
Comme seulement 0,2% de nos produits fabriqués en Chine sont exportés vers les Etats-Unis (il s’agit de machines de la division GF Machining Solutions), l’impact de l’augmentation des droits de douanes est pour l’instant très limité.

Dans l’industrie de l’automobile en Chine, est-ce que vos clients sont des joint-ventures ou des sociétés entièrement chinoises?

Pour l’instant, la majorité de nos clients en Chine sont des joint-ventures (par exemple SAIC Volkswagen) mais nous comptons également parmi nos clients des sociétés complètement chinoises (par exemple Great Wall).

Certains pays reprochent à la Chine de vouloir «forcer» le transfert de technologie. Quelle est votre position?

Au cours de son développement, chaque pays a certainement eu recours à des pratiques plus ou moins similaires mais, vu l’importance qu’a pris la Chine, cela se remarque plus.

Comment protégez-vous vos innovations?

Notre recherche névralgique (composants clés et logiciel) est faite en Suisse. Nous déposons 60 à 70 brevets par an. Notre département de propriété intellectuelle n’a que trois employés mais une tâche importante de notre département juridique (10 employés) est justement de s’occuper des litiges en relation avec la propriété intellectuelle. Notamment pour cette raison, nous préférons parfois les «trade secrets» aux brevets.

A mon avis, la véritable clé du succès ne repose pas sur la protection de l’innovation mais sur notre capacité à innover constamment et à garder une longueur d’avance sur nos concurrents. Cela est essentiel pour une entreprise qui fait de la recherche en Suisse et qui est donc confrontée à des coûts de main d’œuvre élevés et à une monnaie forte. – (PM)

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Philippe D. Monnier

AGEFI

 



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