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Record de PME suisses acquises à l’étranger
 
Le 12-07-2018

Le nombre de PME suisses acquises à l’étranger a bondi de près de 38% au premier semestre 2018 selon le rapport de Deloitte. Alors que la croissance des transactions a été dans l’ensemble de 6,4%.

Les PME suisses ont gagné en attrait au premier semestre 2018. En un an, le nombre de celles-ci reprises par des acquéreurs étrangers a même augmenté de près de 38% pour s’établir à 40. Si l’on se réfère à la définition des PME du cabinet Deloitte dans le cadre de cette analyse: plus de 10 millions de francs de chiffre d’affaires, moins de 250 employé(e)s et une valeur d’entreprise de 5 à 500 millions.

Entretien avec Jean-François Lagassé, associé de Deloitte, à Genève, au sein du département des fusions & acquisitions.

Le nombre de fusions et acquisitions impliquant des PME suisses a augmenté de 6,4% au premier semestre 2018. Cette évolution s’inscrit-elle dans le trend continental?

En Europe le volume de transactions a augmenté au premier semestre 2018 mais leur nombre a diminué.

Vous expliquez ce regain d’intérêt pour les PME suisses comme un signe manifeste de la vigueur et de l’attrait de celles-ci?

La force du franc ces dernières années s’était traduite par un recul des acquisitions de PME helvétiques par des entreprises étrangères. Selon le tableau résumant les transactions, vous pouvez constater qu’il faut remonter au premier semestre 2014 pour retrouver un niveau comparable, alors que le franc était encore contenu par le taux plancher à 1,20 contre l’euro. Ce n’est d’ailleurs que récemment, avec la remontée de l’euro sur le franc, que les acquisitions par les entreprises étrangères se sont reprises.

Alors qu’au début, la brusque revalorisation du franc n’avait pas incité les groupes suisses à profiter d’acquisitions plus avantageuses à l’étranger.

En effet. Car les entreprises suisses, au lieu de profiter de la force du franc pour réaliser des acquisitions, par exemple dans l’UE, étaient occupées à gérer l’impact de l’appréciation du franc pour préserver leur compétitivité en procédant à des restructurations internes, de manière à améliorer leurs performances et préserver leur compétitivité européenne et internationale.

Vous faites preuve pourtant d’un optimisme prudent pour l’ensemble de l’exercice 2018, et par conséquent pour le deuxième semestre 2018?

Plusieurs facteurs expliquent notre optimisme modéré pour le deuxième semestre 2018. La montée en épingle actuellement des tensions commerciales entre les Etats-Unis, la Chine et l’UE en fait partie. Celles-ci créent une période d’incertitude politique et économique, moins favorable aux acquisitions pour les entreprises, car ces tensions ne constituent par un terreau favorable à de telles transactions, ainsi qu’on l’a observé par le passé. Deuxième facteur: la hausse non négligeable des taux d’intérêt aux Etats-Unis déploie un effet domino sur les autres places financières: les coûts du financement sont en hausse. Ce qui péjore d’autant plus les transactions qu’une part grandissante d’entre elles, plus de 35% en Suisse, sont réalisés par des sociétés de capital-investissement ou Private Equity, un secteur qui a fortement recours à la dette pour le financement des acquisitions. Les prix vont par conséquent se trouver sous pression. Enfin les tensions géopolitiques, y compris l’instabilité politique au sein de l’Union européenne, ne favorisent pas les M&A.

Les valorisations atteignent aussi des sommets à 9,5 fois l’EBITDA en moyenne pour les valeurs d’entreprises?

Ces multiples concernent l’ensemble des transactions des PME suisses au premier semestre 2018. Depuis le premier semestre 2017, ce multiple a augmenté de 9 fois à 9,5 fois l’EBITDA. Ce qui correspond à la valeur la plus élevée depuis que nous menons cette étude. En 2008, ce multiple avait même baissé à 5,2 fois.

L’industrie a été le principal secteur concerné par les M&A N’est-ce pas surprenant pour une économie de services?

Les services aux entreprises occupent tout de même la deuxième position. La première place de l’industrie s’explique à mon sens par le fait que la Suisse compte nombre d’entreprises qui occupent un rang de chef de file mondial dans des niches de leurs secteurs industriels respectifs. Ces PME sont donc largement convoitées en particulier par nos voisins: en premier lieu, les Allemands en particulier sont très friands du savoir-faire des PME suisses compte tenu de la précision et des hautes technologies appliquées, que l’on ne trouve pas ailleurs.

Vous relevez aussi une hausse des transactions dans le secteur des TMT…

Les nouvelles technologies et le secteur des TMT (Technologies, Médias et Télécommunications) sont dans l’air du temps avec la numérisation et l’attrait de l’intelligence artificielle pour favoriser la productivité des entreprises. Nous nous attendons d’ailleurs à voir bon nombre de PME en Suisse faire l’objet de rachats ces prochaines années dans ce domaine. En particulier pour les entreprises susceptibles de donner lieu à des disruptions de marchés.

Le secteur des Services financiers n’occupe que la troisième place en termes de nombres de transactions…

Les trois secteurs de l’industrie, des services et des biens de consommation représentent déjà plus de la moitié des transactions. Dans le secteur des services financiers, celui de la gestion de fortune a connu une forte consolidation ces dernières années. Ce mouvement s’est ralenti car nous arrivons à la fin du mouvement de sortie des banques étrangères actives en Suisse. Même si la semaine dernière, les banques privées Gonet & Cie et Mourgue d’Algue & Cie ont annoncé leur intention de fusionner. Reste qu’un nombre très important de transactions est actuellement en préparation dans ce secteur. Nous-mêmes, nous travaillons sur une dizaine de transactions en Suisse dans le domaine de la gestion de fortune élargie à l’asset management. Il s’agit d’entreprises suisses qui fusionnent ou qui cherchent à étendre leurs réseaux au sein de l’UE, puisque la Suisse n’a pas réussi à négocier un accord avec l’UE pour l’accès à ce marché: les sociétés financières suisses sont par conséquent en train de faire des acquisitions à l’étranger. Ou encore des banques suisses avec des filiales en Angleterre qui, en raison du Brexit, sont en quête de nouvelles entités au sein de l’UE pour servir leurs clients européens.

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Piotr Kaczor

AGEFI

 



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