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«L’actuelle dynamique de la blockchain nous conduit droit dans le mur»
 
Le 16-04-2018


Si le potentiel de la technologie est grand, le professeur Bryan Ford met en garde contre la frénésie qui l’entoure: elle est moins sûre que revendiquée.

La technologie de la blockchain, pleine de promesses, est sur toutes les lèvres. Elle aurait le potentiel de changer le monde d’une manière aussi révolutionnaire qu’internet l’a fait. Alors que les fintech, qui développent des applications basées sur cette technologie, fleurissent, certains experts rappellent néanmoins les limites des blockchain existantes et s’inquiètent de la frénésie qui les entoure. C’est le cas du professeur de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) Bryan Ford. Diplômé du Massachusetts Institute of Technology, il est maintenant à la tête du laboratoire des Systèmes décentralisés et distribués de l’EPFL.

Selon vous, les différentes blockchain qui existent aujourd’hui ne seraient pas aussi sûres que ce que l’on raconte…

Deux types de blockchain existent aujourd’hui. Les blockchain publiques, dont les plus connues sont Bitcoin et Ethereum, et les blockchain privées. Ces dernières sont accessibles uniquement à des membres identifiés et autorisés du réseau et fonctionnent parfois avec un organe centrale de contrôle. Dans les deux cas, de sérieux problèmes – en matière de sécurité et d’efficacité – existent aujourd’hui.

Pourquoi et quels sont-ils?

Par définition la blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle. Par extension, une blockchain constitue une base de données qui contient l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis sa création. Cette base de données est sécurisée et distribuée: elle est partagée par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire, ce qui permet à chacun de vérifier la validité de la chaîne. Les principales blockchain publiques existantes sont extrêmement énergivores, de part la manière dont elles ont été développées, et particulièrement inefficace à ce niveau-là. Dans le cas du Bitcoin, le système de minage (le procédé par lequel les transactions Bitcoin sont sécurisées, à travers les calculs des mineurs) a économiquement évolué d’une telle façon qu’il a conduit à une recentralisation du pouvoir consensuel. La plupart des droits de vote sont aujourd’hui détenus par un très petit groupe.

Quelles conséquences cela peut avoir?

En fait, pour la plupart des blockchain publiques actuelles, il ne faudrait pas plus de trois mineurs - ou partenaires - pour collecter plus de 50% des voix et compromettre complètement les systèmes. Avec le Bitcoin, en particulier, plus du 60% de la puissance totale du haschrate (Le hashrate détermine la puissance de calcul d’un mineur ou d’un réseau de minage) proviennent d’organisations d’un seul pays, la Chine; parce que l’énergie y est bon marché. Par principe, le Bitcoin est une crypto monnaie qui pourrait être complètement contrôlée par le gouvernement chinois à tout moment s’il le souhaitait. Il n’est pas décentralisé d’un point de vue géopolitique.

Et qu’en-est-il des blockchain privées?

Le gros problème c’est qu’aucune des implémentations actuelles n’incarnent réellement le concept de la confiance distribuée. Ils prétendent être cohérents avec ce paradigme, mais la majorité utilise en fait un algorithme faillible ou une infrastructure de clé publique; des procédés insuffisants pour garantir ce principe de confiance distribuée auquel croient les gens - en particulier dans le monde des affaires - et pensent obtenir de ces systèmes.

Comment pensez-vous que la technologie va se développer dans les années à venir?

Si elle est appliquée de la bonne manière, elle possède un énorme potentiel de changer le monde pour le mieux. Si la technologie est mise en œuvre et déployée correctement, d’une manière qui respecte les modèles de la décentralisation et de la confiance distribuée, alors je pense que la blockchain pourrait faire partie d’une solution, globale, à beaucoup de problèmes liés à la corruption et à la transparence. Les promesses en termes de sécurité sont aussi très grandes. Cependant, je crains que la dynamique commerciale actuelle nous conduise droit dans le mur; en partie à cause de cet énorme malentendu et la déconnexion qui existe entre ce qui est revendiqué à propos de la blockchain et ce que les systèmes actuels peuvent réellement faire et ne pas faire, et quelles propriétés de sécurité ils ont et n’ont pas.

Que craigniez-vous?

De nombreuses start-up et entreprises, désireuses de sortir leurs produits sur marché aussi vite que possible, se soucient malheureusement pas de la sécurité et d’autres facteurs de qualité des technologies existantes. Cela risque de donner - et donne déjà - naissance à de nombreux systèmes peu sûrs, qui risquent d’être piratés. Tôt ou tard, cette bulle va finir par éclater. Et la grande question qui subsistera sera de savoir si le potentiel de blockchain survivra. Les gens se rendront-ils compte que c’est parce qu’ils ont utilisé la mauvaise blockchain et n’ont pas fait assez de contrôle de qualité? Ou la bulle va éclater et complètement décrédibiliser cette technologie et faire sombrer tout financement et intérêt dans le développement de cette technologie.

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Leila Ueberschlag

AGEFI

 



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