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Echouer pour mieux réussir
 
Le 12-03-2018


Les ratés font partie intégrante de la vie d’un entrepreneur. Ceux-ci ont longtemps eu honte de leurs mauvais résultats ou de la faillite de leur société. Mais sous l’impulsion de professionnels, leur parole se libère peu à peu. Jusqu’à considérer la mort d’une PME comme une expérience difficile, certes, mais formatrice.

En 2016, près de 13 000 entreprises ont fait faillite en Suisse, selon l’Office fédéral de la statistique (OFS). Les pertes financières liées à ces faillites se sont montées à près de 2,6 milliards de francs. Et ces chiffres, malgré quelques variations selon les années, sont toujours plus ou moins stables. L’ampleur du phénomène le montre: «Créer une société, c’est aussi prendre le risque de ne pas connaître le succès», écrit la Confédération sur son site dédié aux PME. «Le taux de survie moyen des nouvelles entreprises n'a guère changé en Suisse ces dernières années: il reste de 80% environ un an après la création, et très légèrement inférieur à 50% après cinq ans, selon le Recensement fédéral des entreprises, réalisé en 2008 par l'Office fédéral de la statistique (OFS)», est-il également mentionné sur cette plateforme. En la matière, la règle est simple: plus une entreprise est jeune, plus elle prend le risque de faire faillite.

Le client d’abord

Ce n’est pas une surprise. Si un projet ne devient pas viable, c’est avant tout parce que le marché visé fait défaut. Soit qu’il n’existe pas, soit que le prix est mal ajusté, soit que l’idée arrive trop tôt. Afin d’éviter la catastrophe, Laurence Halifi, administratrice de plusieurs sociétés et formatrice, notamment au sein du programme Graines d’Entrepreneurs, répète encore et encore aux futurs fondateurs de start-up: «Le plus important, c’est d’élaborer une offre qui réponde aux besoins et aspirations des clients prêts à payer pour votre produit ou service, insiste-t-elle. C’est le b.a.-ba. Si vous n’avez pas ça, alors il y a peu de chance que votre modèle économique soit viable.»

Elle met aussi le doigt sur un autre piège, tendu en majorité aux nouveaux acteurs évoluant dans le numérique: «Il ne faut pas se laisser avoir par la course à la meilleure technologie, dit-elle. Les spécialistes IT pousseront toujours pour que votre site ou application soit perfectionné comme une Ferrari avant son lancement et cela vous coûtera cher en temps et en investissement. Ils oublient que les clients veulent avant tout quelque chose de simple et fonctionnel, user friendly. C’est à l’entrepreneur de mettre des limites. Il faut d’abord trouver des clients puis améliorer au fur et à mesure les fonctionnalités ou performances numériques.»

En tant que formatrice, Laurence Halifi voit passer beaucoup de jeunes qui souhaitent devenir entrepreneurs et se lancer. Elle les invite toujours à tester leur produit auprès de leurs clients potentiels, avant de rêver aux levées de fonds. «Dans l’un des prix où j’étais juré, j’ai rencontré un jeune fromager vaudois qui fabriquait de la mozzarella et de la burrata italiennes, mais à base de produits locaux et de lait de Gruyère, se souvient-elle. Il confectionnait ses produits et les vendait sur les marchés avant de lancer son site de vente en ligne. A lui tout seul, en un an, il réalisait déjà un chiffre d’affaires plus important que tous les autres candidats réunis, qui présentaient des projets dans le secteur des nouvelles technologies. Il avait pu valider son idée sur le terrain et son développement était alors financé par ses commandes…»

Qui ne tente rien n’a rien

Ce que souhaite Laurence Halifi, c’est que les entrepreneurs partagent les difficultés et échecs qu’ils ont traversés dans leur parcours, et ce qu’ils en ont appris, avec les jeunes créateurs en devenir. Pour elle, c’est la seule façon de dédramatiser l’échec et donc de diminuer la frilosité à entreprendre. Pour la génération précédente, un échec était un énorme trou noir dans le curriculum vitæ. Mais qui ne tente rien ne risque rien. «La quantité de gens qui pratiquent ce sport est infiniment plus grande aujourd’hui, les retours d’expériences sont donc là, estime Jean de Wolff, administrateur de sociétés. Il y a vingt ans, les seuls témoignages que l’on avait étaient ceux de personnes qui géraient des PME familiales ou qui avaient des postes à responsabilités dans des multinationales. Au début des années 2000, quand on lançait sa boîte, on nous disait qu’on était plus intelligents que les autres et qu’on allait changer le monde. C’était fou, explique-t-il en riant. Aujourd’hui, je crois au contraire que les jeunes font preuve de plus de modestie et de réalisme. Ils savent que pour réussir, il faut écouter ce que les autres ont à nous transmettre, même si ce n’est pas agréable à entendre.»

Je ne vois pas dans la faillite quelque-chose de personnel
Jean de Wolff, Consultant, ex-entrepreneur résilient

Jean de Wolff sait de quoi il parle. Sa première entreprise, MNC, a été une réussite, puisqu’il l’a vendue à Alcatel et est désormais établie sur le marché suisse. Mais par la suite, ses expériences n’ont pas toutes été de formidables succès. «En tant qu’investisseur et administrateur de sociétés, j’ai connu deux échecs. Ce n’est pas énorme, je sais. Mais je n’avais jamais connu ça, je croyais à ma bonne étoile...» La première fois, un conflit entre actionnaires mène le projet à sa fin. L’autre échec est un problème judiciaire qui le pousse à mettre la clef sous la porte. «Au début, se présenter devant le juge des faillites m’a procuré de la honte, explique Jean de Wolff. J’avais l’impression d’avoir fait quelque chose de mal, d’avoir raté un examen à l’école. Puis je me suis endurci. J’ai compris que la faillite est un processus normal. J’en parle de manière décomplexée, je n’y vois pas quelque chose de personnel.»

Succès des Fuck Up Nights

Cette libération de la parole atteint son paroxysme lors des Fuck Up Nights. Le concept, inventé au Mexique, est simple: lors d’une soirée, des personnes racontent sans langue de bois leurs galères, leurs erreurs, leurs gros ratages. A Genève, la dernière a eu lieu en décembre, avec Pierre Maudet en guest star. «L’idée, c’est simplement de parler sans tabou, en sept minutes, d’un échec», indique le fondateur des Fuck Up Nights en Suisse, Reginald Bien-Aimé. Depuis trois ans que l’initiative existe en Suisse, ce dernier a réussi le tour de force de réunir les témoignages d’un directeur chez Credit Suisse et d'une ambassadrice américaine...

Il cite plusieurs exemples marquants: «Un journaliste nous a raconté qu’il s’était fait virer après une altercation avec un collègue, se remémore-t-il. Un fondateur de start-up a sombré dans l’alcool et la dépression après avoir perdu tous les fonds qu’il avait récoltés auprès de ses proches. Un ultramarathonien a loupé un record parce qu’il avait besoin d’aller aux toilettes et un professionnel de l’événementiel a organisé un concert où il n’y avait presque personne…»

Les Fuck Up Nights font mentir ceux qui disent que la Suisse est un pays de pudiques. Le concept est un succès, y compris sur le plan mondial: il est présent dans 250 villes, dans 76 pays. A tel point que Reginald Bien-Aimé, surnommé désormais le «roi de l’échec», donne désormais des conférences sur l’échec au sein de grands groupes comme Bosch. «Quand on crée une entreprise, il faut s’attendre à connaître l’échec, confie celui qui est aussi patron de l’agence de communication Synerdreams. Il faut obligatoirement avoir prévu un plan B. Et surtout, il ne faut pas s’isoler, mais être transparent sur ses problèmes. Dire les choses est un exutoire qui permet d’avancer. On ne peut pas continuer à dire aux gens d’innover sans parler des risques qui vont avec.»

«Un entrepreneur évolue en fonction des réussites et des ratés»

Didier Waldmeyer est à son compte depuis toujours. En dix ans, il a connu plusieurs galères. Qu’il voit aujourd’hui comme de fabuleuses leçons de vie.

«L’échec, c’est tous les jours. Il fait partie de la vie! Un entrepreneur doit être prêt à avaler des couleuvres. Ma première aventure professionnelle, par exemple, a été un échec. J’avais cofondé une société de production audiovisuelle avec plusieurs associés. J’ai toujours aimé travailler à plusieurs, je ne suis pas un solitaire… Ils avaient l’expertise technique, et moi je me chargeais du développement commercial. Mais j’avais l’impression de porter le projet sans être vraiment suivi.

Alors, j’ai quitté l’entreprise. Aujourd’hui, celle-ci n’existe plus. Cela m’a appris qu’il faut savoir s’entourer des bonnes personnes et ne pas les choisir à l’impulsion, sur un coup de tête. Je ne regrette rien, parce que cette expérience m’a appris à être plus prudent à l’heure de choisir mes collaborations. Suite à cela, j’ai lancé un autre projet. J’étais très enthousiaste… Il s’agissait d’un appareil photo pour courtiers immobiliers, qui leur permettait de prendre des images à 360 degrés pour les clients. Nous étions en 2007 et j’étais sûr que j’avais trouvé le Graal, l’idée du siècle. Je me suis dit que je serais millionnaire en deux ans! Résultat des courses: je n’ai pas vendu un seul appareil. La raison était simple: les clients se bousculaient pour avoir des appartements, alors les courtiers n’avaient pas à les séduire en leur proposant des images de qualité… J’ai eu de la chance, parce que la veille d’aller signer un gros contrat d’exclusivité en Suisse, qui m’aurait coûté très cher, mon correspondant a annulé la transaction.

Quelques semaines plus tard, la crise des subprimes allait ravager le marché immobilier… J’ai eu la présence d’esprit d’arrêter les frais et de renoncer à cette activité. J’ai décidé de mettre mon énergie ailleurs. Et cette fois, c’était pour le meilleur. En 2009, je suis entré au capital-actions d’une société notamment spécialisée dans la création 3D où je suis toujours, L’Avenue Digital Media. Nous sommes actifs dans différents domaines comme le serious game, qui permet de former et de sensibiliser dans le monde professionnel comme la santé ou la sécurité. J’ai cinq employés, nous sommes comme une petite famille et je sais qu’ils ont beaucoup de poids sur les épaules. Il y a quelque temps, j’ai recruté un business developer et cela a été un échec. J’ai finalement dû me séparer de cette personne et cela a coûté cher à l’entreprise. Mais c’était plus de ma faute que de la sienne: je n’ai pas su lui transmettre les bonnes méthodes de travail. J’ai de la peine à déléguer.

Du coup, suite à cette mésaventure, je me suis remis en question et je me suis formé afin de mieux encadrer mes employés dans le domaine de la vente. En ce moment, nous sommes en train de changer un peu notre modèle d’affaires, afin d’avoir plus de récurrence dans nos mandats. Après dix ans, j’ai compris qu’être entrepreneur ce n’est pas monter une pente raide pour atteindre le sommet. C’est avancer une marche après l’autre et évoluer en fonction des réussites et des ratés.»

Rebondir après une faillite

En France, l’association Second Souffle accompagne les patrons dont l’entreprise a fermé ses portes, afin de les aider à retrouver un travail ou lancer un nouveau projet.

«Seul peut échouer celui qui a osé», dit l’un des slogans de Second Souffle. Cette association française créée en 2010 lutte contre la marginalisation des patrons qui ont connu un échec. Son fondateur, Dimitri Pivot, a lui-même perdu sa société en 1999. A cette époque, il réalise que cette expérience est souvent mal perçue par les recruteurs et les organismes financiers. Il retrouve un emploi, mais décide quand même de lancer Second Souffle afin de soutenir les entrepreneurs en échec, d’abord sur un plan moral. Puis de les aider à retrouver un poste, développer leur réseau ou relancer un nouveau projet. L’association, qui n’a pas son équivalent en Suisse, compte six bureaux dans l’Hexagone et plus de 650 membres. Dont Alexandra, qui témoigne sur le site: «J’ai plusieurs fois sombré dans la dépression avec l’impression d’avoir tout raté, une mauvaise image de moi-même. Mais aujourd’hui, je sais que ce parcours est aussi synonyme d’expériences et de connaissances.»

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