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A l’approche du 21 mai, le solaire suisse est fébrile
 
Le 17-05-2017

Un refus de la Stratégie énergétique 2050 pourrait coûter plusieurs milliers d’emplois dans le photovoltaïque et le thermique. Un oui permettrait de subventionner de grandes installations et de relancer un secteur qui tourne au ralenti

Une déchetterie en plein soleil. C’est au centre de tri de Prangins (VD), au milieu des champs et des vergers de pommiers, que l’entreprise lausannoise Solstis a installé, fin 2015, un toit revêtu de panneaux solaires dernier cri.

Sur une surface d’environ 900 m2, des panneaux solaires translucides récoltent les rayons pour alimenter (un peu) la déchetterie, mais surtout pour redistribuer l’électricité dans le réseau local. A peine sorti de sa voiture électrique, le codirecteur et fondateur de Solstis, Pascal Affolter, décrit le décor: «Ce site est très représentatif du savoir-faire des professionnels suisses du secteur.»

Le solaire photovoltaïque et thermique emploie quelque 6000 personnes dans le pays: 4000 installateurs, un millier de projeteurs et de planificateurs, 750 employés dans la production et environ 250 chercheurs. Une population qui, à quelques jours d’une votation incertaine sur la Stratégie énergétique 2050 (SE 2050), affiche des signes de fébrilité.

Panneaux tessinois posés par des Vaudois

A Prangins, les panneaux ont ceci de particulier qu’ils sont ajourés. Ils laissent pénétrer la lumière à l’endroit où les habitants jettent leurs déchets. Ces panneaux ajourés «sont pratiques et esthétiques à la fois». Et c’est un peu militant, aussi. Ce n’est pas toujours le cas, mais ces panneaux-ci, Solstis les a achetés à un fournisseur suisse, le tessinois Sunage. Pour le reste, la toiture est un résumé complet des services que propose sa société.

A Prangins, les panneaux ajourés du Tessinois Sunage laissent pénétrer la lumière DR
Un ingénieur technicien s’est chargé de la planification et de la conception. Pour les achats, la logistique et le montage, entre quatre et huit employés ont été occupés pendant trois semaines. Solstis s’est également occupé d’installer les trois onduleurs qui transforment le courant continu produit par les panneaux en courant alternatif, propre à la consommation.

Des ventes en baisse de 15 à 20%

Si Pascal Affolter est enchanté de nous décrire ce projet réalisé pour la Société électrique intercommunale de la Côte (SEIC), tout n’est pas aussi rose qu’il n'y paraît. Cet ancien chercheur de l’EPFL ne cache pas son inquiétude quant à l’issue du scrutin. Si la SE 2050 ne passe pas la rampe, sa société fondée en 1997 pourrait réduire ses effectifs, qui s’élèvent pour l’instant à une soixantaine de personnes. Un statu quo législatif pourrait coûter entre un quart et un tiers des emplois.

Un refus diminuerait de moitié le marché suisse du solaire, affirme quant à lui David Stickelberger, le directeur de l’association faîtière Swissolar. A terme, quelque 3000 emplois pourraient disparaître, selon lui. C’est que le secteur ne se trouve pas dans une conjoncture favorable. La vague d’entreprises et de ménages motivés à passer au solaire se réduit. L’an dernier, les ventes du secteur ont diminué de 15 à 20%, selon des chiffres provisoires. Les nouvelles installations ont représenté 250 mégawatts, contre 336 en 2015. En cause notamment, une liste de presque 37 000 projets qui attendent de bénéficier de la rétribution à prix coûtant, la fameuse RPC. De plus, le Conseil fédéral prévoit de baisser encore les subventions du photovoltaïque d’ici à l’automne 2017.

Le oui pour maintenir le statu quo

Même en cas de oui, il ne faut pas s’attendre à une explosion des commandes et des emplois dans le solaire, selon David Stickelberger, de Swissolar. «Nous ne prévoyons donc pas une grande croissance. La SE 2050 devrait plus ou moins maintenir le nombre d’emplois actuels.»

D’autres voix se font plus optimistes. «La SE 2050 nous permettra de créer plusieurs postes dans le domaine de l’ingénierie, des ventes, de la production ou de la logistique. Indirectement, des sociétés dans le domaine du verre, de l’aluminium et des machines obtiendront aussi des commandes supplémentaires. A l’inverse, en cas de «non», nous devrons couper dans nos effectifs, à raison d’au moins 20%», avertit Markus Gisler, directeur de Megasol.

Cette PME de 80 personnes à Dietingen (SO) produit des panneaux solaires et dispose d’une technologie pour les rendre presque invisibles – dans des couleurs différentes qui correspondent à la peau d’un bâtiment. Une innovation qui doit contredire «les adversaires de la SE 2050, qui pensent que le paysage sera dénaturé par les panneaux solaires».

Un tournant pour les cleantechs

A Neuchâtel, chez Solaxess, on se sent moins concerné. Près de 95% de la clientèle est étrangère. «Cette loi ferait de la Suisse un exemple en matière d’énergie renouvelable, mais ne va pas modifier le volume de nos ventes», tempère Sébastien Eberhard, directeur et cofondateur de la start-up qui développe des films nanotechnologiques blancs et colorés destinés aux panneaux photovoltaïques. Elle emploie cinq personnes mais souhaite créer une usine en Suisse qui devrait offrir entre 15 à 50 emplois d’ici à 2019-2020.

Christophe Ballif, professeur à l’EPFL et membre du comité scientifique pour la SE 2050, avance d’autres chiffres. Ceux-ci englobent les emplois indirects. «Une transition énergétique permettra de créer des dizaines de milliers de postes ces dix prochaines années dans le secteur du bâtiment, de l’automation, des systèmes de chauffage ou dans l’amélioration énergétique.» Selon une étude de la Fondation suisse de l’énergie, jusqu’à 85 000 emplois d’ici à 2035 pourraient voir le jour dans le secteur des cleantechs, dont le solaire est l’un des domaines les plus prometteurs.

La meilleure journée de l’année

On l’a compris, le vote de dimanche est vital pour son avenir. Ce tournant législatif n’empêche pas Pascal Affolter de s’enthousiasmer pour son installation de Prangins. S’il est quand même tout sourire, c’est parce que les conditions climatiques étaient parfaites, le jour de notre visite. A plein régime, l’installation peut fournir une puissance allant jusqu’à 130 kilowatts (kW). Elle devrait donc avoir produit environ 800 kilowattheures ce jour-là. Soit la consommation d’un ménage pendant trois mois.

Il le prouve en ouvrant les armoires des compteurs accrochés à l’arrière du local technique. «Il est possible que ce soit la meilleure journée de l’année!» L’air est frais, mais le soleil brille dans un ciel sans nuages. Rien de mieux pour optimiser le rendement des panneaux. A la déchetterie de Prangins, en ce vendredi de mai, il n’y a vraiment rien à jeter.

Ce que la loi change pour le solaire

La nouvelle loi sur la Stratégie énergétique 2050 prévoit de remplacer la fameuse rétribution à prix coûtant (RPC) par une autre subvention, dite rétribution unique, pouvant aller jusqu’à 30% des coûts d’un projet. Ce système existe déjà en parallèle de la RPC, mais seulement pour les installations allant jusqu’à 100 kW. Un oui dans les urnes permettrait de l’étendre à des plus grandes installations, comme celle de Prangins, par exemple. Elle deviendrait «le principal système d’encouragement pour les installations photovoltaïques», explique le Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC).

Les cantons devraient par ailleurs assurer «la rapidité des procédures d’autorisation pour les installations à énergies renouvelables». Un vrai plus pour le secteur, lorsqu’on sait que près de 37 000 dossiers sont en attente de recevoir un subside RPC. (S. P.)

Servan Peca
LE TEMPS

 



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