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«Notre mesure du succès, ce sont les lois en faveur des entreprises»
 
Le 13-12-2018
de WebNews Industry® - News des associations et de la formation

Economiesuisse prépare déjà une éventuelle campagne en faveur de la réforme de la fiscalité des entreprises et du financement de l’AVS. Entretien avec son président Heinz Karrer.

Présente à Zurich, Genève, Berne, Lugano et Bruxelles, Economiesuisse «représente les intérêts de l’économie dans le processus politique et s’engage en faveur de conditions-cadre optimales». Cette fédération des entreprises suisses est présidée depuis 2013 par Heinz Karrer. Cet ancien handballeur de haut niveau a également été administrateur délégué d’Intersport Holding, responsable de Ringier Suisse, membre de la direction du groupe Swisscom et CEO d’Axpo Holding. C’est dans les bureaux bernois d’Economiesuisse, à un jet de pierre du Palais fédéral, qu’Heinz Karrer a reçu l’Agefi pour un grand entretien.

Pensez-vous qu’en Suisse il y a trop d’entités nationales avec des buts semblables à ceux d’Economiesuisse?

Pour des raisons historiques, il existe en Suisse trois fédérations économiques, chacune avec ses spécificités. L’Union patronale suisse (UPS) est focalisée sur les questions relatives au marché du travail alors qu’Economiesuisse couvre tous les autres sujets, comme la fiscalité, la politique extérieure ou encore la politique énergétique et climatique. Septante pourcents de nos membres sont aussi membres de l’UPS. Pour sa part, l’Union suisse des arts et métiers (USAM) réunit des entreprises actives sur le marché intérieur, alors que nous représentons aussi les sociétés exportatrices, des PME aux multinationales. Le fait d’avoir plusieurs entités nationales augmente bien sûr le risque de défendre des positions différentes mais cela n’arrive que très rarement. Par contre, si nous sommes sur la même ligne, nos messages s’en trouvent considérablement renforcés.

Quelles sont les différences majeures entre Economiesuisse et les associations faîtières comparables à l’étranger?

En Suisse, nous avons deux grandes spécificités qui influent fortement sur la manière de travailler de notre fédération. Je me réfère à la démocratie directe et au parlement de milice. En outre, Economiesuisse couvre l’ensemble des secteurs clés de l’économie alors que, par exemple en Allemagne, la BDI (Bundesverband der Deutschen Industrie e.V.) est plus focalisée sur l’industrie.

Est-ce qu’il y a des secteurs de l’économie que vous souhaiteriez voir mieux représentés au sein d’Economiesuisse?

Je pense principalement à Médias Suisses. Notamment suite à des défections en son sein, cette association a hélas décidé de quitter notre fédération l’année passée.

Concernant la réforme fiscale des entreprises couplée avec le financement de l’AVS, comment voyez-vous la suite?

Pour la Suisse et la place économique, il s’agit de loin du sujet le plus important. Le projet approuvé par les Chambres fédérales est une solution à deux problématiques urgentes: la nécessité de conserver la compétitivité de la Suisse après l’abolition des statuts fiscaux spéciaux et la nécessité de consolider l’assise financière de l’AVS.

Quid de la récolte de signatures pour un référendum?

Si cette récolte des signatures aboutit, la votation populaire aura lieu le 19 mai prochain. Nous nous attendons à une lutte serrée, raison pour laquelle nous sommes déjà en train de préparer la campagne des milieux économiques, du centre et du centre-droit. Si le peuple devait rejeter l’objet, la situation serait très problématique: la Suisse devra de toute façon abandonner les statuts fiscaux spéciaux car ils ne sont plus conformes aux standards internationaux mais les cantons ne disposeraient ni de l’apport financier de la Confédération pour adapter le taux d’imposition sur le bénéfice ni des nouveaux instruments prévus par la législation fédérale (ndlr: innovation box, super déductibilité de la recherche, déductions dus aux intérêts notionnels à certaines conditions, step-up, etc.)

Est-ce que la Suisse offre des conditions attractives pour les start-up?

Selon divers classements internationaux (par ex. de Deloitte), la réponse est oui mais la Suisse a certains désavantages. Par exemple la petite taille de notre marché intérieur est un point faible, en particulier pour les entreprises spécialisées dans les logiciels. En outre, lever des fonds supérieurs à trois à cinq millions de francs reste un défi.

Une gouvernance complexe pour impliquer au maximum les membres

Au sein d’Economiesuisse, vous avez une multitude d’organes. N’y a-t-il pas trop de décideurs dans le cockpit?

Lorsque j’ai repris la présidence en 2013, les questions de gouvernance – en particulier pour la supervision des campagnes – était un sujet brûlant; il ne l’est plus. Notre organisation interne est similaire à celle d’organisations comparables. Elle reflète notre volonté d’impliquer nos membres tout au long du processus décisionnel, autant au sein de nos commissions permanentes que des organes dirigeants.

Comment s’articulent ces différents organes?

Nous réunissons tous nos 160 membres une fois par an, lors de l’assemblée générale. Pour sa part, notre comité, constitué de 60 représentants de nos membres, se réunit trois fois par an. Le taux de participation très élevé (80-90 pourcents) démontre l’intérêt de cet organe à leurs yeux. A l’occasion des séances, nous proposons également des ateliers spécialisés en petits groupes afin d’approfondir différents sujets. Quant au comité directeur de 17 membres, il est l’équivalent d’un conseil d’administration dans le privé. Il se réunit 4 à 5 fois par an, voire davantage si nécessaire. Selon la pratique en matière de gouvernance d’entreprise, nous disposons, à ce niveau, d’un comité de nomination et d’un comité stratégique. Bien entendu, j’échange très régulièrement avec mes quatre vice-présidents, dont le romand Bernard Rüeger, et avec Monika Rühl, la Présidente de la direction opérationnelle. Et je rencontre personnellement nos membres de toutes les régions du pays, en tête-à-tête, pour recueillir leurs attentes et leurs préoccupations.

Quel est votre processus de décision interne pour adopter des positions politiques et pour lancer des campagnes politiques?

C’est principalement au niveau du comité directeur que se définissent les prises de positions et notre engagement dans les campagnes de votations populaires. Au préalable, nous consultons entre autres nos commissions internes d’experts, donc un large spectre de nos membres. Ces commissions sont présidées par un de nos membres et travaillent étroitement avec nos équipes opérationnelles.

Vous prenez régulièrement part à des délégations économiques à l’étranger sous la houlette du Conseiller fédéral Schneider-Ammann. Quelles sont les principaux avantages de ces voyages?

Les avantages sont de taille. Tout d’abord, les participants – des entrepreneurs – obtiennent en très peu de temps une vue d’ensemble sur les pays visités. Cela notamment grâce aux présentations des ambassades de Suisse et, par exemple, d’organisations comme la Banque Mondiale. Naturellement, avant chaque voyage, nous menons une enquête pour identifier les souhaits et les problèmes des entreprises suisses en relation avec le pays en question. Deuxième avantage: nous avons la possibilité d’interagir avec des entreprises locales et d’autres interlocuteurs, entre autres des universités. Ces délégations jouent un rôle très important dans les relations bilatérales. A titre d’exemple, nous discutons du développement souhaité par l’économie quant au traité de libre-échange avec la Chine, conclu en 2014 et qui contient une clause évolutive.

Au sujet du traité sino-suisse, pas mal de sociétés semblent déçues car beaucoup de démarches sont nécessaires pour peu de bénéfices. En plus, la croissance du commerce sino-suisse se serait ralentie après le traité…

Pour avoir une vue d’ensemble basée sur des faits, Economiesuisse a publié trois analyses concernant les retombées de cet accord. Au sujet du ralentissement de la croissance des échanges commerciaux, si l’on considère plusieurs critères, notamment la conjoncture en Chine et l’évolution des taux de change, on arrive à la conclusion que l’accord a un effet positif, même si mesuré, sur les exportations suisses en Chine. Nous pouvons aussi affirmer que – bien que la mise en œuvre pourrait être meilleure – de nombreuses entreprises, y compris des PME, bénéficient du traité. C’est par exemple le cas des entreprises dans la pharma, l’industrie des machines et l’horlogerie. Finalement, comme nous sommes toujours dans la période de transition, le traité est encore loin d’avoir déployé tous ses effets.

Similitudes entre le handball de compétition et la vie des entreprises

Depuis le début de votre présidence d’Economiesuisse en 2013, quels grands changements avez-vous apporté?

Nous avons amélioré nos processus internes visant à obtenir des prises de position aussi unies que possible au sein de notre organisation. Pour arriver à une «unité de doctrine», nous impliquons nos membres très en amont en identifiant les divergences d’opinions et en trouvant ensemble des solutions acceptables pour tous. Par ailleurs, nous sommes maintenant en campagne 365 jours par an et pas seulement avant les votations. Dans ce sens, nous sommes tous les jours de l’année en dialogue avec la population, notamment par le biais de nombreux événements. Finalement, nous avons instauré une collaboration régulière avec les autres organisations faîtières.

Comment mesurez-vous le succès de votre fédération?

Notre succès est facile à mesurer: ce sont les lois votées par le parlement fédéral ainsi que les résultats des votations populaires qui sont en faveur des entreprises. Naturellement, avant d’en arriver là, il y a beaucoup d’étapes intermédiaires, comme par exemple le contenu des messages du Conseil fédéral à l’attention du Parlement. Mais, en définitive, ce qui compte ce sont les résultats finaux.

Au parlement fédéral, ainsi qu’au Conseil fédéral, il y a très peu «d’entrepreneurs pur-sang». Le regrettez-vous?

Bien sûr que je préférerais qu’il y ait davantage d’entrepreneurs sous la Coupole, mais cela est bien moins aisé que par le passé. Primo, il y a une vingtaine d’années, être parlementaire fédéral était un travail à vingt pourcents; de nos jours, compte tenu de la complexité et de la multiplicité des objets à traiter, cela représente au bas mot un cinquante pourcents. Secundo, diriger une entreprise est beaucoup plus exigeant notamment en raison de l’intensification de la concurrence internationale, mais aussi de la rapidité des évolutions technologiques. C’est pourquoi, de fait, seuls quelques présidents non-exécutifs et/ou quelques propriétaires de sociétés peuvent dégager le temps nécessaire. Heureusement, il y a encore un bon nombre d’entrepreneurs dans les parlements cantonaux et municipaux.

Songez-vous à vous lancer en politique?

Ce sujet n’est pas d’actualité. Mon mandat à Economiesuisse correspond à un cinquante pourcents et j’ai plusieurs autres mandats que je ne souhaite pas arrêter. Sans compter que les mandats politiques sont traditionnellement assumés par les présidents des organisations de branche et non par le président de notre faîtière.

Dans la région lémanique, une grande proximité entre certains politiciens et des hommes d’affaires fortunés a généré plusieurs scandales. Quelle est votre position sur ce sujet?

La très grande majorité des entreprises en Suisse savent l’importance d’avoir en tout temps une conduite irréprochable. La violation des règles de bonne conduite rentre, tôt ou tard, dans le domaine public et cela n’est pas toléré par les clients, les collaborateurs ou les actionnaires. Et, les électeurs non plus lorsque de tels agissements sont le fait d’élus. Je ne peux pas me prononcer sur des cas individuels car il y a les tribunaux pour cela.

Est-ce que les points de vue que vous exprimez en public sont les vôtres ou, à l’instar d’un Conseiller fédéral, ils sont ceux de votre collège directorial?

A l’intérieur de mon comité directeur, j’exprime naturellement mes convictions. Par contre, une fois qu’une position a été arrêtée, je la défends à l’externe sans en dévier. Dans des cas rares, il peut arriver qu’un membre de notre comité directeur défende la position de son association de branche et que cette position diffère de celle d’Economiesuisse. Cela a par exemple été le cas d’hotelleriesuisse au sujet de booking.com.

Vous êtes un ancien handballeur et vous avez même participé aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 1984. En quoi est-ce que cette expérience sportive influence votre style de management?

Le sport de compétition nous apprend à nous focaliser avec intensité sur une mission, à réaliser des performances au-dessus de la moyenne et aussi à souffrir. En plus, dans le cas des sports d’équipe comme le handball, on apprend à compter sur une équipe, à valoriser la contribution de chaque joueur, à maîtriser la pression lors qu’il faut tirer au but pour concrétiser une attaque et à se remonter le moral ensemble après une défaite. Finalement, tout cela est très proche du monde des entreprises.

Philippe D. Monnier
AGEFI

 



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