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Les apprentis formés correspondent moins aux profils requis par les entreprises
 
Le 12-02-2018
de WebNews Industry® - News des associations et de la formation

Industrie 4.0. La branche MEM déplore notamment un manque de compétences en programmation bientôt indispensables du côté des apprentissages pour le CFC.

La digitalisation au sein de l’industrie requiert des compétences des collaborateurs toujours plus pointues. Les entreprises du secteur MEM sont déjà maintenant confrontées à une pénurie de mains-d’œuvre qualifiées. Il faut pourtant tenter de limiter autant que possible les freins au développement de l’activité d’une entreprise en raison d’un manque de collaborateurs compétents. Cela passe par une augmentation du nombre de collaborateurs formés. «La formation d’apprentis est une priorité absolue de façon à doubler le nombre de CFC délivrés en Suisse romande au moins», souligne le communiqué du Groupement Suisse de l’Industrie Mécanique (GIM-CH), qui réunit plus de 200 entreprises romandes du secteur MEM. Cela signifie que le secteur devrait former 10.000 nouveaux collaborateurs au cours des cinq prochaines années, seulement en Suisse romande. Car il faut également tenir compte du départ à la retraite d’un grand nombre de collaborateurs, qui doivent donc être remplacés.

Cependant, les jeunes ont plutôt tendance à favoriser le tertiaire, l’industrie souffrant toujours d’un déficit d’image. L’emploi n’y diminue pas fortement en raison des délocalisations, mais a pu se maintenir au niveau de 2002 (après avoir grimpé dans l’intervalle). Les problèmes d’image s’accentuent du côté des femmes, dont la présence au sein de l’industrie de précision est toujours très faible. «La féminisation ne profite qu’au personnel de bureau, et non au personnel d’atelier», constate l’étude. Pour la faire évoluer, un véritable changement culturel, qui dépasse le secteur, paraît nécessaire. Le nombre des CFC sur 4 ans de la branche est en baisse structurelle, aussi par rapport à ceux sur 3 ans, moins exigeants. Il faut donc absolument inverser cette tendance.

Pour attirer plus de jeunes vers ces métiers, Antonio Rubino travaille actuellement sur trois axes. La plateforme Mecaforma.ch présente les métiers proposés par la branche, avec des liens vers des stages et des offres de places d’apprentissage. Le concours Industry Skills Romandie détermine le meilleur apprenti romand dans chacun des six métiers. Finalement, il faut améliorer la qualité des formations.

Le fait que des apprentis formés au sein de l’industrie quittent le secteur (par exemple 35% des CFC délivrés en 2016) renforce la pénurie. L’auteur de l’étude Claude Barbier déplore en particulier qu’il s’agit de «postes convoités par des secteurs qui ne forment pas ou pas assez». La marge de manœuvre financière des entreprises MEM reste limitée: selon les indications récoltées par l’étude, l’industrie a réalisé des gains de productivité de 30% en 15 ans! Ceux-ci tout toutefois simplement permis à ces entreprises de survivre, puisque plus de la moitié des entreprises MEM ont indiqué en 2017 un marge EBIT ne dépassant pas 5%. Un niveau jugé très inquiétant par le secrétaire général de GIM-CH Antonio Rubino, puisqu’il remet en question les investissements pour le renouvellement nécessaire de l’appareil de production.

L’essentiel est cependant d’assurer que les apprentis ainsi formés correspondent aux profils recherchés par les entreprises. «Il faut que l’industrie de précision soit en mesure de faire évoluer le contenu des formations de manière à ce qu’elles soient en phase avec les besoins de l’industrie. Il faut éviter à tout prix le décrochage entre les formations dispensées et le marché de l’emploi», note le communiqué. L’une des pistes évoquées par Antonio Rubino et Claude Barbier est de passer à une structure plus modulaire, avec une formation de base, complétée par des unités plus spécifiques. Cela concerne notamment le déficit en compétences de programmation de machines, qui ne devraient pas rester réservées aux ingénieurs. D’autant moins que l’industrie souffre également d’un manque d’ingénieurs.

Les soudeurs de Sottas devront savoir programmer

C’est aussi ce que souligne le directeur général de l’entreprise fribourgeoise de construction métallique Sottas, Nadir Solenghi. «Mes soudeurs devront savoir programmer un robot de soudage. C’est une révolution fondamentale, à laquelle notre système de formation professionnelle ne s’est pas adaptée. Les écoles forment aujourd’hui pour des métiers qui n’existeront plus demain. Devant l’urgence, les entreprises doivent s’unir par branche, pour créer la formation dont ils ont besoin.»

Il faut également travailler sur l’axe de la formation continue. Les entreprises suisses doivent y réfléchir, car si la formation initiale est bonne en comparaison internationale, la concurrence étrangère rattrape ce retard en étant plus active du côté de la formation continue.

Le rythme de révision des CFC quinquennal est trop lent

Les cursus permettant d’obtenir un CFC sont actuellement révisés et approuvés par le Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI) à un rythme quinquennal. «Les automaticiens, dont la formation vient d’être revue, auront des lacunes au niveau de la programmation pure – et la prochaine actualisation n’interviendra qu’en 2023», souligne Antonio Rubino. Le retard s’accroît encore par le fait qu’il faut ajouter quatre ans jusqu’à la sortie des premiers apprentis avec le nouveau CFC. «Il y a un problème au niveau des formateurs également», ajoute Claude Barbier. Ceux-ci doivent suivre à leur tour une évolution technologique toujours plus rapide. Il n’y a pas que la programmation qui s’ajoute aux compétences requises par les entreprises, mais aussi la capacité de parler plusieurs langues. «Si l’on ne fait rien, il manquera environ 6000 personnes, avertit Antonio Rubino. Pour y remédier, il serait possible de passer par plus d’attestations de formation professionnelle (AFP) en entreprise, des formations à la tâche, ou de rechercher au sein d’autres industries, voire à l’étranger.»

Par rapport à ce dernier point, Claude Barbier estime aussi que les employés suisses ont intérêt à maintenir et améliorer leur niveau de formation. «Les Suisses se trouvent-ils trop dans une situation de confort, sous-estiment-ils l’impact de la numérisation? Les entreprises vont de toute façon prendre les profils les plus qualifiés.» Il fournit ainsi un autre argument pour au moins accélérer le rythme de révision des cursus, voire flexibiliser ce processus afin de rester en phase avec l’évolution des exigences.

Le directeur général de Sottas Nadir Solenghi invite à anticiper, plutôt qu’à enseigner des pratiques dépassées: «La transformation numérique pose un gros challenge dans la formation. Nos techniciens apprennent encore à dessiner en deux dimensions, et en noir et blanc… C’est de la préhistoire! On ne fera plus de dessin en 2D, on fera uniquement de la 3D, en couleurs, avec des lunettes de réalité virtuelle! C’est un nouveau monde où tous les réflexes sont différents. Tous mes besoins changent.» – (CA)

Christian Affolter
AGEFI

 



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