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L’atelier mécanique où l’on usine au micron près les rêves du futur
 
Le 18-03-2019

René de Siebenthal & Fils SA, à Bex, fournit des pièces de haute précision pour l’industrie spatiale , médicale et hautes écoles.

«N’oubliez pas que le métal n’est pas une matière inerte. Comme le bois, il doit y avoir la même finesse, la même précision quand on le travaille. Les matériaux ont de la tension lors de l’usinage, il y en a aussi avec les outils.» Patron de l’entreprise René de Siebenthal & Fils, à Bex, Jacques de Siebenthal voit le métal comme une matière vivante. Il se dit heureux quand il peut relever le challenge d’un client qui veut emmener ses créations sur une autre planète. Car les pièces de haute précision qui sortent de son atelier mécanique servent parfois à la chirurgie cardiaque, à l’horlogerie, aux biotechs ou voleront un jour dans l’espace.

Près du soleil

Comme, par exemple, cette pièce d’instrumentation sous la coiffe de la sonde spatiale Huygens qui s’est posée sur Titan, le plus grand satellite naturel de Saturne, ou ce support de l’obturateur du spectrographe Spice, conçu pour observer à la fois le disque solaire et la couronne et analyser les propriétés du plasma loin et près du soleil grâce au satellite Solar Orbiter. Ce dernier est en préparation de vol à Kourou, décollage prévu en 2020. Dans le domaine des vols satellitaires, des sondes spatiales ou des engins de maintenance au sol pour l’industrie spatiale, l’entreprise travaille principalement pour deux sociétés spécialisées vaudoises: Almatech, au parc scientifique de l’EPFL, et Apco Technologies à Aigle.

Jacques de Siebenthal s’amuse à montrer quelques-unes des centaines de pièces métalliques, la plupart de petites dimensions, qui remplissent les armoires de ses ateliers. Pour chacune d’entre elles, l’ingénieur ETS a une histoire à raconter, celle des rêves spatiaux du futur ou des recherches innovantes du passé. À l’exemple de ce carter contenant le moteur d’un cœur artificiel destiné à un patient en attente de transplantation. Celui-ci a été développé dans les années 80, en grande partie à l’institut de recherches cardiovasculaires de Sion, mais il est présenté comme un produit américain, proteste Jacques de Siebenthal.

Situés au chemin de la Pensée 4, dans un quartier désormais résidentiel, les ateliers René de Siebenthal & Fils, qui jouxtent la maison de l’entrepreneur, sont eux-mêmes un pan d’histoire de l’industrie mécanique d’après-guerre, insoupçonné derrière ces murs. Parmi les machines-outils de précision, fraiseuses, machines de meulage, rectifieuses, etc., on découvre une vieille SIP, la «Société d’Instruments de Précision» de Genève, toujours opérationnelle à côté des plus récentes machines numériques.

«On croit que c’est facile à produire»

Après une pause de dix ans dans ses investissements (autofinancés) suite à la crise financière de 2008 – même si la niche du spatial lui a permis de passer ce cap – l’année dernière fut très bonne et le dirigeant compte bientôt investir dans une machine de mesures tridimensionnelle. Jacques de Siebenthal fait l’éloge de la précision made in Switzerland, illustrée par le travail de ses quatre collaborateurs – ils étaient jusqu’à 8 il y a dix ans – des polymécaniciens qu’il a formés chez lui. «Voyez cette pièce en titane, on croit que c’est facile à produire. Mais ce sont quatre ébauches avant la finition qui représentent un mois de travail pour parvenir à la précision exigée.» Pour des pièces en alu, remarque-t-il, une variation de 3 degrés dans le local et ce sont «des microns qui disparaissent».

René de Siebenthal & Fils a commencé à travailler pour le secteur spatial au début des années 90 grâce à l’arrivée des machines à commandes numériques. Celui-ci représente aujourd’hui près de 30% de son chiffre d’affaires. Mais ce savoir-faire – dans un domaine où les procédures de certifications sont particulièrement complexes – est une véritable carte de visite: «notre spécificité pour le spatial, nous l’appliquons à des travaux pour les hautes écoles, EPFL ou HEIG-VD – qui commandent des pièces prototypes – ainsi qu’aux secteurs médical et horloger.» L’entreprise travaille sur de nouveaux alliages ainsi que des procédés de traitement de surface spécifiques selon les métaux. Parmi ses clients figurent les noms de Nestlé, Patek, Debiotech, Serono-Merck et autres marques de renom.

L’entreprise, fondée en 1932, ne fait pourtant pas que de la mécanique «noble». À ses débuts, elle produisait des éléments de scies circulaires ou des structures de monte-charges et s’occupait de réparer des machines agricoles. Il lui arrive encore des commandes pour de simples pièces de rechange, comme des arbres à cames de charrue. Toutefois, même si le prix à l’heure est identique, la facture finale dans le spatial ne sera pas la même, certaines pièces complexes valant près de 10'000 francs.

Quatrième génération

Cette fascination pour les aventures spatiales du Bellerin, qui représente la troisième génération de l’entreprise familiale, remonte à ses jeunes années. À 16 ans, il avait déjà la tête dans les étoiles et il écrivait à la NASA. Aujourd’hui, il est toujours aussi passionné par l’astronomie, ce vaste univers mystérieux que ses pièces mécaniques aident à révéler. Expliquant que «l’homme est fait de vide», il s’interroge inlassablement sur cette énergie du vide, le big bang ou la matière noire.

Et tout porte à croire que la quatrième génération suivra sa trace puisque son fils de 17 ans fait lui aussi une formation d’ingénieur dans une école supérieure de technique. Seul aux commandes de son entreprise depuis 25 ans, à 63 ans, Jacques de Siebenthal se voit encore une dizaine d’années dans son atelier pour passer le témoin, toujours en quête d’un «challenge» mécanique à relever.

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