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Une technologie verte et valaisanne infiltre le marché asiatique du jeans
 
Le 30-03-2019

Développée un peu partout en Valais, la technologie élaborée par David Crettenand permet de teindre les jeans de façon écologique. Douze ans après la création d’une première start-up, elle infiltre le marché asiatique en passant par le Pakistan.

Sur l’écran, des images tournées au smartphone montrent de nombreux ouvriers qui s’affairent dans une ambiance bruyante et animée. David Crettenand sourit: «Au Pakistan, tout ne fonctionne pas tout à fait comme en Suisse». 12 ans après la création d’une première start-up, sa technologie vient d’être installée dans une usine de Karachi. Alternative aux procédés chimiques courants et très polluants, elle permet de teindre le denim en divisant l’empreinte écologique de l’opération par dix. C’est la première fois qu’une machine reste aussi loin du Valais. Vendue pour près d’un million de francs et contrôlée à distance en temps réel, elle permettra de traiter les tissus nécessaires à la confection de 30 000 jeans chaque jour.

Aujourd’hui, deux entreprises sont installées près de la gare de la Riddes, sur les terres de David Crettenand. Baptisée «RedElec» et fondée en 2007 avec l’argent de sa famille, de ses amis, et de quelques «fous», la première a développé la technologie électrochimique qu’il a brevetée. Propriété d’un groupe italien, la seconde, Sedo Engineering, bénéficie d’un droit de licence exclusif pour l’industrialiser et la commercialiser. Jeudi dernier, au salon du climat de Lausanne, elle a remporté une compétition internationale dédiée à l’innovation écologique. Quatre employés sont passés d’une société à l’autre. David Crettenand partage son temps entre les deux. Parlementaire libéral-radical et président d’Avenir écologie, il dit sa fierté: «Ce projet est ancré en Valais et il colle à mes convictions.»


Débuts difficiles

Au début des années 2000, quand David Crettenand se lance dans un doctorat en chimie à l’école polytechnique de Zurich (ETHZ), l’industrie textile se tourne vers la Chine, ses coûts de production réduits et ses lois sur l’environnement plus souples. Pour le Valaisan, «les pollutions ont été délocalisées en Asie». Au moment où il parvient à optimiser un brevet de 1905 qui rend soluble la teinture d’indigo en utilisant de l’électricité plutôt que de la chimie, les gens de l’ETHZ le préviennent que le secteur n’a plus d’avenir en Europe. Un peu «par hasard», il bénéficie des fonds confiés à un professeur proche de la retraite et spécialiste des machines de tissages: «Cet argent ne m’était pas destiné et il ne comprenait pas toute ce que je faisais, mais il m’a fait confiance.»

David Crettenand et ses cellules électrochimiques s’installent d’abord à Monthey, sur le site BioArk, un incubateur destiné aux biotechnologies. Il se souvient du temps où il dormait sur un matelas gonflable aux côtés de son prototype de laboratoire: «Je connaissais les bruits de ma machine par cœur». Désormais directeur de CimArk, qui encourage l’innovation, Paul-André Vogel accompagne le projet depuis ses débuts. Pour lui, «la fondation a investi des moyens plus que raisonnables dans une technologie fiable, mais qui ne trouvait pas son modèle économiqu ». La commercialisation aura dû attendre que le marché évolue et que la Chine légifère sur l’environnement : «C’est une fameuse aventure avec des énormes hauts et bas.»

L’univers impitoyable du textile

Pour optimiser un premier prototype industriel, l’entreprise déménage dans les locaux de la Société suisse des explosifs, à Gamsen. Installés au Brésil et en Turquie, les premiers partenaires potentiels se rétractent quand les prix de l’indigo augmentent. En Italie ou en Grèce, d’autres font simplement faillite. A chaque déconvenue, David Crettenand planche sur les autres applications potentielles de sa technologie, et surtout sur le traitement des eaux usées. Parfois, il fait de longs voyages pour des rendez-vous de quelques minutes. En tentant d’infiltrer un marché très fermé, il découvre l’animosité des acteurs déjà installés et les rapports de force qui rythment les négociations: «Ces dernières années, je suis devenu un entrepreneur plus qu’un scientifique.»

Après de longs marchandages, le chimiste cède l’exploitation de sa technologie à un grand groupe italien, qui fonde Sedo Engineering à Riddes. Ce contrat en forme d’investissement de deux millions de francs doit beaucoup à Herbert Gübeli, un Saint-Gallois convaincu très tôt par le projet. Ce dernier dirige désormais la filière valaisanne du groupe. Il insiste : «On peut penser qu’il a fallu beaucoup de temps pour commercialiser ce projet, mais personne ne pensait qu’il était possible de développer une alternative écologique et économique pour teindre les jeans avant que David Crettenand ne réalise son prototype.»

A la conquête de l’Asie

Sur la base des performances d’une première machine installée en 2015 à Milan et perfectionnée durant deux ans, le groupe décide de lancer une offensive sur le marché asiatique en 2017. Sedo Engineering a désormais des commandes pour plus d’une année. D’avril à décembre prochain, la société compte produire une machine chaque mois, et s’implanter stratégiquement dans tous les grands pays producteurs de textile, comme la Chine, l’Inde et le Bangladesh. Pour Herbert Gübeli, «nous tentons de convaincre les gens que l’industrie du jeans peut être propre, et la concurrence est d’autant plus féroce que cette technologie disruptive pourrait remplacer toutes les autres.»

Tout juste de retour du Pakistan où il a travaillé trois semaines avec son frère Grégoire, Ludovic Chappot prend une pause devant la halle où l’entreprise s’est installée après le départ des services techniques de la commune de Riddes. Né à Charrat, il a rejoint l’équipe au moment où le projet était «au point mort». Le prototype fonctionnait, mais la société ne disposait pas des fonds nécessaires à infiltrer le marché. L’ingénieur en infotronique réfléchit: «Nous venons de faire un nouveau pas de géant». A ses côtés, David Crettenand sourit encore une fois: «Nous continuons à apprendre tous les jours.»

Le Nouvelliste

 



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