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L’impact de la vigueur de l’économie a sans doute été sous-estimé dans la force du franc
 
Le 13-09-2018

Investissement. Karsten Junius, chef économiste de la banque J. Safra Sarasin prône une forte pondération, dans les portefeuilles, des capitalisations suisses petites et moyennes.

Alors que la Banque Nationale Suisse (BNS) ne laisse pas de mettre en garde contre les risques de dégradation de l’économie suisse tout en insistant sur sa capacité d’intervention, Karsten Junius, économiste en chef de la banque J. Safra Sarasin et responsable Economie & Stratégie, a publié lundi un commentaire remarqué sur la communication de la BNS. Entretien hier à Zurich.

Quelle évolution anticipez-vous pour le franc. Va-t-il encore se renforcer ? En raison de l’effet refuge ou du dynamisme de l’économie suisse?

Je pense que le franc peut se maintenir au moins à son niveau actuel avec un potentiel d’appréciation. L’économie suisse en effet est bien plus robuste qu’on ne le perçoit depuis 2010. Nous avons entretemps digéré le choc du franc. Les dernières révisions à la hausse montrent que la croissance de l’économie et des exportations a pu se déployer malgré la vigueur de notre monnaie. Ce qui tient au fait que, dès la brusque appréciation du franc induite par l’abandon du taux plancher contre l’euro, les entreprises ont aussitôt introduit des mesures d’amélioration de la productivité qui illustrent la capacité d’adaptation de l’économie suisse. Au point d’afficher une croissance record, nettement supérieure à celle de la zone euro.

Vous tablez sur une croissance de 3% sur l’ensemble de l’année en Suisse?

3% en effet, ce qui est fantastique pour un pays comme la Suisse. Même si l’impact d’événements sportifs majeurs – comme la Coupe du Monde de football et les Jeux Olympiques d’hiver – y a contribué à hauteur de 0,4 point de pourcentage. Alors que pour la zone euro nous tablons sur une croissance de 2%.

Et à votre sens la fermeté récente du franc tient sans doute autant à cette vigueur de l’économie qu’à un effet «valeur refuge» induit par exemple par les incertitudes politiques en Italie?

En effet même si l’évolution des écarts de taux (spreads) en Italie a aussi eu un impact sur le franc. Il est même possible que le franc se tasse un peu car les spread italiens se sont stabilisés. Il n’en reste pas moins qu’en sus de l’effet monnaie refuge, des raisons liées aux fondamentaux économiques contribuent à la fermeté du franc et une attention insuffisante a été portée à ces facteurs ces derniers trimestres, alors que les flux liés au rôle refuge ont été peut-être surestimés. Mais l’économie d’exportation est en plein essor.

Vous soulignez aussi à cet égard la surperformance enregistrée par les petites et moyennes capitalisations suisses. Recèlent-elles encore du potentiel?

Nous recommandons de pondérer fortement les actions des petites et moyennes capitalisations suisses dans un portefeuille. Car la croissance de leurs bénéfices se poursuit. De plus, alors que d’aucuns estiment qu’en raison du niveau élevé du franc, celui-ci ne peut que se déprécier et qu’il convient dès lors de se tourner plutôt vers l’euro, nous pensons qu’il s’agit là d’un pari dangereux.

A quels facteurs attribuez-vous le potentiel d’appréciation du franc?

Cela tient simplement au fait que dans la situation actuelle, la BNS ne va probablement pas intervenir. Même si elle laisse toujours entendre qu’elle est prête à le faire ou à devoir le faire. Mais ce n’est pas nécessaire. La BNS dispose actuellement de deux instruments de politique économique. En premier lieu les taux d’intérêt: en raison des incertitudes politiques en Italie, et du spread serré par rapport aux obligations sûres dans la zone euro, il est peu probable qu’elle utilise les taux d’intérêt avant que cela ne devienne clair pour la Banque Centrale Européenne (BCE). De ce fait, la seule possibilité de rendre l’économie moins expansive réside dans l’autre possibilité: un taux de change plus fort: il ne reste que la possibilité de laisser le franc s’apprécier un peu.

Cette cherté du franc va finir par se répercuter sur les exportations?

Cela aurait en effet pour conséquence de freiner l’essor des exportations mais nous observons actuellement une forte croissance de l’économie d’exportation et un marché du travail dans une situation qui a rarement été si impressionnante. Avec de nombreuses créations d’emplois à la clé. Ce qui devrait, à mon sens, à un moment ou un autre se traduire par des salaires plus élevés.

Cela contribue-t-il à réduire le risque immobilier?

L’essor des revenus et les taux bas constants est aussi positif pour le marché immobilier. Mais nous observons également un recul de l’immigration de l’UE et ce facteur a été un levier majeur des prix immobiliers.

Attrait des actions US mais prudence sur le dollar à moyen terme

Quelle est votre allocation générale?

Nous restons surpondérés dans les actifs plus risqués et dans les actions. Alors que nous sous-pondérons les obligations. Nous estimons que les actions américaines sont particulièrement attractives malgré leur forte performance. Et à notre sens, cette performance va se poursuivre en raison de la forte croissance des bénéfices.

Et en termes sectoriels?

Notre allocation sectorielle, tous pays confondus, surpondère les valeurs technologiques, celles de la santé ainsi que la consommation cyclique

Misez-vous plutôt sur les actions qui ont vu leurs cours corriger?

Non. Je ne pense pas que nous devrions acheter les valeurs qui ont sous-performé. Compte tenu de la forte dynamique aux Etats-Unis qui tend à se poursuivre, portée par la réforme fiscale. D’autant que sur la base actuelle, nous anticipons une forte croissance économique au troisième trimestre, de l’ordre de 4%, à la faveur de l’essor des bénéfices des entreprises. Il s’agira de surveiller la réaction des marchés aux relèvement de taux aux Etats-Unis: nous en attendons encore deux cette année et trois l’année prochaine.

Ce qui constituera un défi pour les marchés émergents?

En effet. Même si nous pensons que les marchés émergents sont mieux positionnés actuellement que par le passé: leurs facteurs de risques se sont améliorés par rapport aux cycles précédents: réserves de change, part des dettes à court terme, dépendance à l’égard des taux de changes. Il n’en reste pas moins que le sentiment à l’égard de cette classe d’actifs s’est dégradé. Même si c’est l’ensemble de la catégorie qui tend à être pénalisée à cet égard. Nous sommes par conséquent neutres sur les actions et sur les obligations émergentes. Mais cela varie selon les pays. Nous sommes très prudents sur le Brésil, la Turquie et sur l’Afrique du Sud, où de nouveaux problèmes pourraient survenir avant qu’une correction n’intervienne. Nous sommes en revanche plus positifs sur l’Inde et le Mexique.

Et qu’en est-il du billet vert?

Le dollar va rester fort cette année. Mais nous sommes prudents à moyen terme car la politique des Etats-Unis induit des cycles «boom-bust» qui tendent à stimuler la croissance de l’économie en phase de haute conjoncture. C’est d’ailleurs souvent le cas des économies menées par des politiques populistes, comme on l’a vu en Argentine, un exemple extrême, ou en Turquie. Une politique dont la facture se paye plus tard. Un atterrissage économique en douceur se révèle ensuite difficile.

Comment l’investisseur peut-il malgré tout se préparer à une possible correction? Doit-il prendre ses bénéfices?

Dans le contexte actuel, je pense qu’il faut compter avec un horizon d’investissement plus court. Il convient d’évaluer la situation de mois en mois. Nous nous rapprochons en effet du seuil où le cycle conjoncturel va quitter sa phase ascendante et de croissance des bénéfices. D’autant que les tensions commerciales qui, à notre sens, devraient encore s’intensifier, suscitent de nombreux vents contraires. – (PK)

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Piotr Kaczor
AGEFI

 



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