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Francis Gurry: «Créer une start-up en Suisse prend beaucoup trop de temps»
 
Le 11-07-2018

Pour la huitième année consécutive, la Suisse est en tête du classement de l’innovation établi par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Pour son directeur, la situation n’est pourtant pas parfaite

Et de huit. Pour la huitième année consécutive, la Suisse est désignée pays le plus innovant par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Mardi, l’agence onusienne basée à Genève a publié son indice mondial de l’innovation. Analysant les données de 126 pays, ce classement voit la Suisse devancer les Pays-Bas, la Suède et le Royaume-Uni. Les Etats-Unis sont sixièmes, la Chine dix-septième.

Ce classement est calculé en agrégeant 80 indicateurs, dont bien sûr les titres de propriété intellectuelle déposés, mais aussi le nombre d’applications mobiles développées, les dépenses en matière d’éducation ou encore le nombre de publications scientifiques et techniques. L’OMPI n’est de loin pas le seul organisme à effectuer de tels classements. Mi-juin, l’IMD de Lausanne estimait que la Suisse était cinquième au niveau mondial s’agissant de la compétitivité numérique. Et le Forum économique mondial (WEF) jugeait, en septembre dernier, la Suisse première pour la compétitivité au sens large. Du coup, quelle est la pertinence de l’indice de l’OMPI? Les explications de son directeur, l’Australien Francis Gurry.

Le Temps: Vous publiez votre indice annuel pour la onzième fois. Concrètement, à quoi sert-il?

Francis Gurry: Il est très utile pour les gouvernements, qui peuvent ainsi mesurer la performance de leur pays en comparaison internationale. Il existe une vive concurrence entre les pays au niveau économique, et cet indice leur permet de se situer. Certains pays, comme la Chine, l’Inde ou le Vietnam, se basent sur cet indice pour planifier leur politique de développement. De plus, notre indice permet de mesurer les écarts entre les capacités technologiques des pays. Et ces derniers sont énormes: les Etats-Unis vont dépenser 520 milliards de dollars ces prochaines années pour créer de nouveaux savoirs, la Chine 420 milliards… Ce sont des chiffres plus importants que le PIB de la plupart des Etats.

L’indice de l’OMPI fait face à plusieurs autres classements. Comment vous démarquez-vous?

En effet, certains éléments se chevauchent. Mais nous nous concentrons sur la capacité d’innover, les rapports de l’IMD et du WEF sur la capacité de se concurrencer. Et nous nous focalisons davantage sur la technologie. De plus, nous nous basons sur des faits, sur des rapports, établis tant par les gouvernements que par le secteur privé. Nos concurrents utilisent, eux, en partie des sondages.

La Suisse devrait faciliter l’arrivée sur son sol de spécialistes étrangers, comme le font le Canada et les Etats-Unis

La Suisse est première pour la huitième année consécutive. Est-elle indétrônable?

Sa performance est d’abord remarquable. Son économie est petite, mais elle innove à un rythme élevé. Elle fait face à des risques, cependant, étant notamment très dépendante de ses relations avec l’extérieur. Si de nouvelles barrières commerciales devaient s’ériger dans le monde, ce qui est la tendance actuelle, elle pourrait souffrir. De plus, la Suisse doit s’améliorer sur plusieurs points. Créer une start-up prend beaucoup trop de temps. Or c’est un élément très important, il faut pouvoir convertir les idées en services ou produits rapidement. J’ajoute que la Suisse devrait faciliter l’arrivée sur son sol de spécialistes étrangers, comme le font les Etats-Unis et le Canada. Cela permettrait d’attirer davantage de centres de recherches technologiques.

Dans votre rapport, vous soulignez aussi les efforts que la Suisse doit effectuer en matière d’enseignement du numérique…

C’est extrêmement important. La capacité de maîtriser les outils numériques offre de nombreux débouchés aux étudiants. Dans le domaine de l’informatique, évidemment, mais pas seulement: les sciences de la vie, la bioinformatique, le commerce en ligne, la robotique, l’intelligence artificielle, qui se diffuse dans tous les secteurs d’activité… Il faut que le niveau d’«alphabétisation numérique» augmente.

Vous mentionnez l’intelligence artificielle. Est-ce que des petits pays auront, demain, encore les capacités de rivaliser avec les Etats-Unis ou la Chine, qui développent actuellement un savoir-faire important dans ce domaine?

Il existe en effet un risque que les petits pays n’aient pas accès à ces compétences, voire même aux données qui sous-tendent l’intelligence artificielle. Dans ce domaine, il y a deux mondes, Google ou Amazon aux Etats-Unis, Tencent, Alibaba ou Baidu en Chine. Il n’existe aucun acteur majeur en Europe, encore moins en Suisse. Or ces géants technologiques ont la capacité de récolter de manière incroyable des volumes de données extrêmement importants.

Il faut que le niveau d’«alphabétisation numérique» augmente en Suisse

Justement, à l’heure du règne de ces géants technologiques, comparer les pays du point de vue de l’innovation a-t-il encore du sens?

Bonne question… Ces vingt dernières années, il y a eu un transfert clair du pouvoir du secteur public vers le secteur privé, avec l’émergence de multinationales dont les revenus dépassent de loin le PIB de nombreux pays. Il faut peut-être repenser la diplomatie et traiter directement avec des grandes puissances privées.

Anouch Seydtaghia
LE TEMPS

 



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