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Vendredi passé, la direction de Condor à Courfaivre prenait congé de sa trentaine d'employés en leur souhaitant bonnes vacances. En tout début de semaine, neuf d'entre eux ont reçu leur lettre de licenciement. Un procédé qui scandalise le syndicat Unia. Une façon d'agir certes choquante mais légale.
Unia hurle à la mort. La direction se défend. Elle ne pouvait pas faire autrement que de se séparer d'une partie de son personnel. Reste le procédé, guère revigorant. Sans parler d'une éventuelle violation de la convention collective, à laquelle Condor SA est affiliée.
Il y avait bien de l'eau dans le gaz. Le 28 juin, Unia a pris langue avec le nouveau directeur, un Letton répondant au doux nom de Janushkevic, Jurij de son prénom. «Un gars placé par la direction russe pour faire le ménage», grimace Jean-Pierre Chapuis, responsable du secteur de l'industrie des machines au sein d'Unia Transjurane. «On nous a fait comprendre qu'il y aurait un premier wagon de licenciés. Notre rôle était de trouver des solutions. On devait se retrouver après les vacances. Et puis il y a eu ce coup de poignard dans le dos. L'humiliation!»
Sur les 32 collaborateurs, neuf ont reçu leur congé. «On connaît juste les noms de quatre, ceux qui sont venus nous trouver», reprend le syndicaliste, ulcéré. «Mais la direction nous a confirmé que neuf employés étaient concernés par un renvoi. Certains vont apprendre la mauvaise nouvelle au retour de leurs vacances. Pour nous, il s'agit clairement d'un licenciement collectif, même si ce terme est employé à partir de dix ouvriers. C'est important au niveau de la résiliation du contrat. Car un délai de 12 jours doit être observé avant de passer aux actes, délai qui permet d'engager des négociations.»
Joint par nos confrères de RFJ, le directeur des opérations de Condor-Fast SA Aerospace Technologies reconnaît que l'entreprise - spécialisée dans la fabrication de pièces pour l'aéronautique - traverse une passe pour le moins pénible. «Depuis des mois, quasi plus personne ne travaille. C'est chômage pour tout le monde, à part quelques broutilles», sermonne le représentant d'Unia, qui ne s'attend pas à ce que la situation évolue d'ici au 16 août, date de la reprise du «travail».
Le même Jean-Claude Chapuis prévoit des lendemains douloureux. «Je ne sais pas ce qu'ils cherchent. La direction ne désire pas déposer le bilan. Elle a même fait publier une offre d'emploi pour une secrétaire trilingue. Mais j'ignore ses buts. Néanmoins, elle aura des comptes à rendre. Le canton du Jura a mis des billes dans l'aventure Condor.» Licencier durant les vacances est admis par la loi. Tout juste le délai de renvoi peut être repoussé si le collaborateur n'a pas retiré son recommandé.
Vive les vacances!
Gérard Stegmüller
Un lent déclin, comme inexorable
Pour les Jurassiens, Condor n'est pas une usine comme les autres. La firme de Courfaivre incarne les vélos d'une marque fondée en 1893. Surtout les fameux vélos militaires. Entre 1905 et 1993, il s'est fabriqué pas loin de 90 000 bécanes qui faisaient la fierté des soldats cyclistes suisses. Durant ses années fastes, l'usine occupait quelque 200 collaborateurs. Dans la vallée de Delémont, si ce n'était plus loin à la ronde, être engagé chez Condor représentait une immense fierté. Voire l'assurance de disposer d'un emploi stable... En 1912, Condor s'est lancé dans les motos qui ont séduit jusqu'à la police parisienne. La dernière a été remise à l'armée suisse en 1980. La société a même tenté l'aventure des voiturettes: 23 spécimens sont sortis des ateliers de Courfaivre. Mais ce créneau fut rapidement abandonné. Très dépendant des contrats militaires, Condor a chuté à l'arrière en 2005 quand ces derniers, qui représentaient les 80% de ses commandes, se sont stoppés net. Le véritable début des ennuis. En janvier 2009, la presse était conviée en grande pompe au siège de l'entreprise à l'occasion de la signature d'un contrat avec la firme française Dassault Aviation, qui construit le fameux avion de combat Rafale, dont aucun pays ne veut, encore aujourd'hui. Condor, avec ses 40 collaborateurs, devait alors fournir des pièces mécaniques complexes à Dassault Aviation. Après la signature du document, plus rien. Le directeur landeronnais, et jurassien d'origine, Rainier Biétry est rapidement débarqué. Les décideurs viendront ensuite de l'Europe de l'Est. Les locaux de Courfaivre sont dans un triste état. /gst
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